Chapitre 23

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Zilpa


Le garde septrien que j'ai tué, baigne au milieu de son sang. Tout un océan pourpre sous un ciel gris. Il avance pas à pas et je ne peux que le laisser se rapprocher de nuit en nuit. Quand soudain, un détail vient briser la monotonie de mon cauchemar infini.

Une main sur mon épaule. Une main zébrée que je reconnais être celle du prince. Il me secoue avec une force que je trouve exagérée. À tel point, qu'il m'arrache de là et que je rouvre les yeux, sous ma tente.

Il se tient penché sur moi, une expression inquiète sur le visage qui m'alarme.

— Il faut qu'on parle.

Le silence et la température me suffisent pour savoir que ce n'est pas la fin de la nuit, ni le début du jour. Un entre-deux qui me fait bouillonner.

— Quelle est l'urgence ? Tu devrais te reposer vu ton état !

Mes yeux commencent à s'accoutumer à l'obscurité, me permettant de distinguer mieux ses traits. Il a une mine affreuse et je ne peux le blâmer vu les événements récents.

— Te souviens-tu de notre rencontre ?me demande-t-il d'un air pressant.

Je plisse les yeux.

— Comment oublier le moment le plus désagréable de toute ma vie ?

Il ne réagit par comme j'espérais, ce qui me déçoit légèrement.

— Le collier que je t'ai dérobé, connais-tu sa réelle signification ?poursuit-il.

Immédiatement, je porte une main à ma poitrine pour sentir le poids manquant du médaillon. Je ferme les yeux de fatalité.

— J'ai été déposé un matin sur le lit de mes parents, dans le plus simple appareil. Et ce médaillon autour du cou. Sa provenance m'est entièrement inconnue.

Le prince a le souffle rapide, les yeux agrandis par la gravité.

— Zilpa, je l'ai rapporté à ma mère le lendemain de ta fuite. Elle avait toujours le sien autour du cou (je fronce les sourcils). Quand elle a vu ton collier... elle m'a affirmé que c'était celui de sa fille. De la princesse disparue il y a des années.

Je me contente de l'observer sans réagir. Enfin, j'ouvre la bouche :

— Tu te paies de ma tête.

— Non !s'écrie-t-il en me prenant par les épaules. Je t'assure. Sur ma vie, je te dis la vérité. Tu es la vraie fille de l'Asna.

Je plonge mon visage dans mes mains.

— Mais qu'est-ce que tu racontes...

— L'année de notre naissance à tous les deux, enchaîne-t-il, mon...l'Asna a émis l'ordre d'éliminer tous les nouveaux-nés de Midria, car vous deveniez trop nombreux. À l'aube, dès que les hommes de Midria sont partis travailler, les gardes Septriens se sont introduits dans les maisons pour égorger les enfants. C'est ce qu'on appelle l'Aube Rouge. J'ai pris ta place par un heureux hasard parce que l'Osnée est tombée sur ma vraie mère en te cherchant dans tout Midria. Je suis le seul bébé midrien survivant.

À travers mes doigts, je fixe ma couverture, milles pensées fusant dans mon crâne.

Impossible, impossible, impossible.

J'ai le ventre tout serré.

Pendant de nombreuses années, j'ai été caché dans les jupes de Martha jusqu'à ce que les midriens daignent procréer à nouveau. Lorsque je sortais, des paires d'yeux envieux, affligés et méfiants me suivaient et je les sentais même lorsque j'avais le dos tourné. De tout Midria, j'étais la seule fille de mon âge et j'ai rapidement compris que je devais faire profil bas. La crainte d'un nouveau massacre planant toujours au-dessus de leurs têtes, longtemps, les enfants étaient mis à l'écart, surveillés de près et surprotégés.

À Ta PlaceOù les histoires vivent. Découvrez maintenant