Elyas
Les bras m'en tomberaient presque. Sous mes yeux éberlués, je vois la salle de fête se transformer en cérémonie matrimoniale. Ça frôle l'absurde avec les septriens qui essaient de retrouver leur sobriété pour faire bonne figure.
Tous les bons partis veulent épouser la princesse, car si on épouse la fille de l'Asna : on se greffe à la famille royale.
Zilpa vient de légitimer sa place.
Bien joué.
Je suis impressionné par ce coup de maître.
— J'ai toujours voulu que nos terres fusionnent pour ne faire qu'une, Asna. L'union de nos enfants est le plus beau cadeau que nous pouvons nous offrir. Pour une dynastie encore plus prospère.
Au fond de son trône, dans une position à la fois obligée et désobligée, le roi de Septorä écoute les propositions plus alléchantes les unes que les autres pleuvoir sur lui. Ne pouvant éconduire ses invités, des Imminences venues des royaumes voisins, il est figé, tel un animal coincé dans un piège qu'il n'a pas vu venir. Parfois, il fait tomber ses yeux sur sa coupe intacte et pousse un soupir.
Adieu sa soirée tranquille.
— Mon fils répond à tous les critères, il a toutes les prouesses physiques et intellectuelles qu'un homme se doit de posséder dans toute sa verge... euh, je voulais dire sa vigueur !
Misaël cache son visage pour pouffer en cachette.
— Merci, je retiens, répond laconiquement Yared en indiquant au suivant d'avancer.
Melitta esquisse un rictus de dégoût, face à ce spectacle d'hommes plus éméchés les uns que les autres.
— Celui-ci va noyer son fils s'il continue à lui plonger la tête dans le seau d'eau.
Dissimulant à peine mon amusement, je vois le premier prétendant discuter avec Zilpa. Il est bien bâti à tel point qu'il pourrait soulever une colonne à lui tout seul. Elle paraît minuscule en comparaison, obligeant à lever le menton haut pour soutenir son regard.
Chaque courtisan va lui baiser la paume de sa main, et cela ne semble lui faire ni chaud ni froid. Elle doit sûrement les voir d'un mauvais œil, malgré leurs efforts démultipliés de paraître chevaleresque.
Un raffut au fond de la salle arrête le cortège. Des hommes à l'apparence rustre et à la chevelure rouge s'avancent, se présentant en grande pompe. Ils bousculent les rangs et ricanent, moqueurs, des expressions scandalisées.
— Les Ganzareth, annonce Hamul.
Ce dernier prend tout le monde par surprise, en apparaissant aux côtés de l'Asna comme s'il venait de s'y matérialiser. La simple mention de la tribu fait bouillir mon sang. Déjà, le salamandi se déploie le long de ma colonne vertébrale, tel un cobra qui étire ses anneaux, prêt à attaquer.
Les gardes septriens s'alignent pour faire barrage, croisant leurs lances dans une dissuasion claire. Mon instinct m'oblige à me mettre devant Zilpa alors qu'ils approchent de l'estrade et elle pose une main sur mon avant-bras, sentant ma tension.
— Que viennent-ils faire ici ?
J'observe attentivement les Ganzareth, au nombre d'une vingtaine. Trop peu pour combattre, mais assez pour pouvoir se défendre. Leur leader fait un pas en avant. Sa chevelure hirsute teintée de rouge encadre son visage à la mâchoire carrée. Ses yeux verts enfoncés brillent avec une avidité qui trahit son désir de convoitise. Un plastron léger protège la partie haute de son torse, laissant à découvert ses épaules musclées et ses abdominaux. La dague à la manche pourpre accrochée à sa ceinture me fait de l'œil.
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À Ta Place
FantasyCapturée pour servir de jouet aux princes de Septorä, Zilpa, esclave à la seconde chance, se retrouve face à Hakan, un jeune noble insouciant qui défie les traditions sans en mesurer les conséquences. Mais lorsque leurs chemins s'entrelacent, Hakan...
