Zilpa
Les mains sur les hanches et un grand sourire sur le visage, l'homme est penché sur moi. Il est si imposant qu'il paraît prendre toute la place de la tente. Même dans la semi-obscurité, ses yeux bleus brillent comme deux lacs iridescents sous un soleil clément.
— Je me disais : aucun homme ne peut survivre à une telle tempête. Mais s'il y a une femme avec lui. Tout est alors possible.
Je souris, l'appréciant d'emblée.
— J'ai failli nous tuer tous les deux pourtant.
Il secoue la tête.
— Prends ça comme un signe du destin. Elyon vous a mis sur notre chemin.
Je tique à la mention de cet être soi-disant divin. Ce sont donc des croyants d'Elyon. Une femme d'un certain âge passe sous son nez et vient me déposer un plateau de nourriture devant ma couche. Mes yeux s'arrondissent face à ce mets. Une carafe de thé y est soigneusement déposée avec une tasse entourée de pruneaux ainsi qu'une soupe de lentilles avec des morceaux de viande.
— Je ne peux pas !je m'écrie. Tout ça pour moi alors que je n'ai pas d'or à vous payer...
— Ouh là, qui a dit que tu nous rendrais notre aide en pesant d'or ?
Le sang quitte mon visage en n'osant comprendre le sens de sa question. La femme lui tape le torse avec la vitesse d'un fouet et je me fige.
— Arrête Jaïr, cette fille est si fragile qu'elle va s'évanouir une deuxième fois par ta faute !
Ce dernier émet un rire profond qui caresse la peau avec une chaleur plaisante.
— Je suis désolé, mon enfant. La vie est bien trop courte et précieuse pour ne pas prendre soin des autres, tu ne trouves pas ? Une couche à l'abri, un repas revigorant, de quoi se désaltérer, ce ne sont pas des choses qui se monnaient, mais qui se donnent et se reçoivent. Reçois notre hospitalité simplement et nous le prendrons comme un signe de gratitude suffisant.
Sa voix grave et apaisante me rappelle Aquila et je sens ma poitrine se serrer. Je n'ai jamais ressenti le poids d'une telle générosité. Elle allège mon esprit à tel point que je ne comprends pas ce qu'il m'arrive. Les larmes coulent toutes seules sur mes joues. À leur vue, la femme s'agenouille précipitamment devant moi, une expression désemparée.
— Je m'appelle Guéra, je suis la matriarche de la tribu Elyzèra. Voici mon idiot de Jaïr, meneur et pourvoyeur de notre village.
Je me contente de les saluer avec des hochements de tête, mais mes lèvres tremblent trop pour pouvoir parler, me présenter. J'ai un puits de larmes en moi qui ne veut que remonter et je lutte contre lui en jetant des seaux d'eau à l'intérieur. Une technique qui s'avère aussi inutile que risible.
Guéra me présente un bout de tissu et je l'utilise pour essuyer mon visage. Elle m'observe pendant un moment, résister contre ce flot d'émotion et elle a une forte expiration. Sa bouche est pincée par quelque chose qui semble la tirailler.
— J'ai vu tes cicatrices. Aucun être humain ne mérite tel traitement. Tu es en sûreté ici, nous te protégerons.
Ses mains se posant sur mes épaules pour les serrer, redoublent mes sanglots.
Alors que Guéra me rapproche d'elle, que je ressens à nouveau les bras d'une mère autour de moi, j'éprouve une forte nostalgie. Cela me ramène à une période lointaine où je n'étais qu'une enfant qui ne faisait que s'amuser dans Midria. L'insouciance, l'innocence, le rire, j'ai tout perdu et il n'y a aucun moyen de retrouver cet état d'esprit heureux.
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À Ta Place
FantasíaCapturée pour servir de jouet aux princes de Septorä, Zilpa, esclave à la seconde chance, se retrouve face à Hakan, un jeune noble insouciant qui défie les traditions sans en mesurer les conséquences. Mais lorsque leurs chemins s'entrelacent, Hakan...
