Chapitre 24 Bis
Au fin fond du désert, là où les nuits sont si étoilées qu'elles scintillent sur le sable argenté, je contemple la voûte, baigné dans une quiétude sacrée. Le vent souffle sur les dunes, les faisant chanter dans un chœur doux et soyeux.
Depuis que nous avons quitté Elyzéra pour cette mission périlleuse, je me sens fébrile, redoutant les épreuves à venir. Au son des pas qui s'enfoncent dans le sable, je lance un œil par-dessus son épaule pour voir Zilpa grimper la colline. Elle a croisé ses bras sur sa poitrine pour conserver sa chaleur.
— Tu n'as pas froid ?
Interpellé, je réalise que je ne ressens pas la morsure glacée de la nuit. Puis je comprends en soulevant ma paume devant mon visage.
— Le salamandi brasille dans mes veines.
— Chanceux va.
Une brise glacée se plaque contre elle, lui faisant brusquement rentrer la tête entre ses épaules. Profitant qu'elle ait le regard porté sur l'horizon bleuté du désert, je l'observe à la dérobée. L'éclat des constellations brille encore plus dans ses prunelles noires, dansant sur la surface de ses iris. Mes yeux s'attardent sur la courbure de sa bouche close, sa couleur rose foncé qui épouse son teint bruni.
Elle ramène une mèche derrière son oreille.
— Ça va tes blessures ?me demande-elle.
Ses mots provoquent un picotement désagréable dans le dos et je grimace.
— Oui, je dois changer mes bandages.
— Tu veux un coup de main ?
Mon air surpris la rebiffe.
— Ma gentillesse est-elle si rare pour que tu fasses cette tête ?
Je me gratte l'arrière crâne devant sa mine vexée.
— Elle n'est pas rare, elle est juste inexistante envers moi.
Ses joues se gonflent, encore plus offensée.
— Je ne suis pas sans-cœur !
J'éclate de rire dans l'espoir de la détendre, mais elle n'y voit que moquerie de ma part et se raidit. Déjà, elle redescend la colline d'une démarche fâchée, donnant presque des coups de pied dans le sable.
— Zilpa !je l'appelle sans pouvoir contrôler mon hilarité. Attends !
Je m'empresse de la rattraper et son regard noir me fait retirer ma main qui allait se poser sur son épaule.
— J'ignore comment tu me vois, mais tu te trompes lourdement sur ma personne, me coupe-t-elle. J'ai été éduquée en bonne et due forme par des parents très respectables qui m'ont transmis les plus belles valeurs. Tu as peut-être un savoir plus large que le mien, des connaissances dont je ne soupçonne pas l'existence, mais au moins, je sais ce qu'est la compassion pour la douleur d'autrui, la générosité dans le manque et la bienveillance à l'égard des plus démunis.
Mon front s'assombrit. Ah. C'est donc ça.
— M'as-tu déjà entendu dire une seule fois que je te trouvais inférieure ? Qui érige un mur entre nous parce que je suis né de l'autre côté ?
Sa mâchoire se décroche et je sais que j'ai touché le cœur du problème. Je m'avance pour plonger mon regard dans le sien, brûlant de colère.
— Ne mets pas des mots que je n'ai pas dits dans ma bouche. Ne m'attribue pas des actions que je n'ai pas commises. On ne se défait pas si rapidement d'une existence, je le sais, mais j'essaie. Je m'efforce de voir le monde à travers tes yeux, alors ne parle pas à ma place.
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À Ta Place
FantasyCapturée pour servir de jouet aux princes de Septorä, Zilpa, esclave à la seconde chance, se retrouve face à Hakan, un jeune noble insouciant qui défie les traditions sans en mesurer les conséquences. Mais lorsque leurs chemins s'entrelacent, Hakan...
