Zilpa
L'obscurité est si forte que je ne vois pas le bout de mes pieds. Ma respiration que je m'efforce de garder discrète est plus rapide qu'à l'accoutumée. La seule chose qui me fait avancer est un morceau de soie orange.
Derrière, le même ruban s'étire pour s'enrouler autour de la taille du prince, et il va ainsi de suite pour chaque individu. Je ne vois pas Guéra ni Jaïr qui se tenaient devant moi, à l'entrée de la grotte.
Mes sens sont en alerte et je sursaute au moindre bruit. Un air figé et humide règne dans ce lieu caverneux. Un simple roulis de cailloux émet des ricochets de part et d'autre. L'endroit souterrain est vaste.
Le prince trébuche en avant et pose une paume dans mon dos pour se rattraper. Il s'excuse d'une voix ténue. Pendant un instant, avant qu'il ne recule dans les ténèbres, je peux voir les marques sur tout son visage et ses bras.
Je déglutis.
J'ignore ce que c'est, mais je sais ce que j'ai vu.
Quand le Scorak s'est élancé vers moi, je n'avais plus d'issue possible que d'accepter la mort fatale. Avant qu'il n'intervienne miraculeusement. J'ai pu le reconnaître avant que la nature se déchaîne et le drape d'un voile de sable, si épais que les contours de sa silhouette ont disparu.
L'adversaire s'est brisé en morceaux, ses membres arrachés impitoyablement avant de se faire disperser dans toutes les directions. L'habitation la plus proche a également été touché et j'ai dû me protéger pour ne pas me recevoir des pierres. J'ai vu Guéra faire de même ainsi que d'autres villageois se mettre à l'abri.
Un par un, les Scorak se sont fait décimer par ce tourbillon sablonneux étincelant. Cela s'est passé si rapidement que c'était difficile à suivre. Mais une fois le danger passé, ça ne s'est pas arrêté. Au contraire, il redoublait de force.
Jaïr a accouru, soutenu par le jeune Félôn. Leurs visages étaient envahis par la peur et autre chose. Ils ont commencé à se disputer. Le jeune a repoussé l'ancien, prenant sa décision au mépris des conséquences. Il a attrapé une jarre de la taille d'un enfant et a dirigé l'ouverture vers le prince qui hurlait de douleur.
Félôn a tendu un bras devant lui, ouvrant ses cinq doigts comme pour attraper quelque chose. Le sable qui volait dans toutes les directions s'est rassemblé en une spirale dorée, une structure que je n'avais jamais vue auparavant. La tempête s'est alors affaiblie pour s'engouffrer dans la jarre, tel un serpent furieux.
C'est là que j'ai enfin aperçu de nouveau le prince. Écorché, immobile, épuisé. Malgré le danger, le voir ainsi m'a serré le cœur. Je le revoyais prostré dans le désert à hurler une souffrance innommable.
J'ai fait un pas, puis un autre.
Un élan qui m'a poussé à soutenir son corps sur le point de s'écrouler. Sa peau, autrefois, lisse et si parfaite, était marquée et abîmée à jamais. Où que mes yeux se posaient, il n'y avait que des coupures, de la peau à vif, suintant d'un sang écarlate, arrachée. Il avait la respiration rauque, très lente, comme si chaque inspiration était encore plus douloureuse que la précédente.
On aurait dit qu'il venait de se faire punir par mille coups de fouet.
Même un midrien n'avait jamais subi de sort pareil. Il ne serait déjà plus en vie.
J'ai senti les larmes brouiller mon champ de vision.
— C'est fini.
Par là, je voulais lui faire savoir qu'il n'avait plus à souffrir. Qu'il avait tenu bon, jusqu'ici, et que c'était tout à son honneur. Que le village était sauvé.
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À Ta Place
FantasiaCapturée pour servir de jouet aux princes de Septorä, Zilpa, esclave à la seconde chance, se retrouve face à Hakan, un jeune noble insouciant qui défie les traditions sans en mesurer les conséquences. Mais lorsque leurs chemins s'entrelacent, Hakan...
