Chapitre 40

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Zilpa


Eri a rendu son dernier souffle à la dernière heure avant le jour, la faisant entrer dans la Nuit Éternelle pour toujours.

Pour avoir vu des morts défiler devant mes yeux, on pourrait penser que je suis habituée à ce phénomène mystérieux et si brutal de voir la vie quitter un corps. Pourtant, même en la voyant arriver, la mort aura toujours son effet de surprise sur vous.

La pièce est si glacée que la lumière qui rentre par la fenêtre à l'est ne réchauffe aucun des cœurs battants de ses occupants.

Le chatoiement du vent caressant le sable me parvient de l'extérieur. J'imagine que ce sont des bruits de pas s'éloignant pour rejoindre une terre nouvelle. Eri devait être une femme magnifique au vu de ses traits dont le trépas n'a pas touché la beauté. Je me demande si nos chemins s'étaient déjà croisés par le passé. Si elle savait qui j'étais. Si je lui faisais penser à son fils. Si elle souriait, heureuse de me voir en vie, avant de continuer son chemin. 

Le regard d'Elyas est creusé, ses yeux enfoncés dans un abyme de remords. Il a joint ses doigts devant sa bouche, respirant à peine, les dents serrées. Il est pétrifié de douleur. Sa rigidité inquiétante me pousse à faire glisser ma main sur son épaule aussi dure que de la pierre.

Je n'ai pas les mots, mais je tiens à lui faire savoir que je suis là, avec lui.

Martha ferme les paupières d'Eri, lui donnant un air paisible et c'est la seule consolation.

— Elle est avec Elyon maintenant.

Elyas finit par se lever, si lentement, que j'ai l'impression de ressentir la lourdeur qui pèse sur lui. Confus, nous le voyons sortir de la maison à grands pas. Il est sourd à mes appels et depuis le seuil, j'hésite à le suivre alors qu'il détache Almas.

Il est déjà parti au galop et je demeure là, figée dans l'incertitude. Aquila qui regarde son dos s'éloigner pince les lèvres.

— Ne me dites pas qu'il va...

Son expression sinistre est de mauvais augure et je suis la direction de son regard. Le chemin mène tout droit au campement des Ganzareth. J'écarquille les yeux. 

— Non. 

Je me mets à courir. 

La fatigue de la nuit blanche a endolori mes jambes et j'ai l'impression d'être au ralenti. La destination me semble si lointaine, comparée à la veille, et je suis vite à bout de souffle, tous mes muscles tiraillés par cet effort trop intense.

Enfin, j'aperçois Almas. Posant la paume de ma main sur un mur pour me soutenir, je halète, crachant ma salive qui me bloque la gorge. Le cheval est seul. Où est son cavalier ?

En relevant la tête, je le vois et mon sang se fige dans mes veines.

Une créature énorme serpente dans les airs et déchiquète le paysage, soulevant des colonnes de poussière. Des cris lointains proviennent du campement qui se fait saccager en peu de temps qu'il faut le dire. Les anneaux de sable tournoient avec une furie sauvage, frappant, balayant, emportant tout sur son passage. Tentes, arbres, hommes, sans aucune distinction. 

Le salamandi se teinte d'une couleur pourpre et je plaque une main sur ma bouche. C'est du sang. En grande quantité.

Réveillés par le fracas, des midriens sortent de chez eux, alertés. Les plus téméraires viennent voir ce qu'il se passe. Bientôt, toute une ligne se forme derrière moi. Des enfants sont montés sur les toits afin de mieux voir et je reconnais Jessé parmi eux. Il a des grands yeux impressionnés face au spectacle du serpent vermeil.

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