Chapitre 30

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Elyas


La table est garnie de nourriture en abondance. Des cuisiniers mettent en place les repas dans un ordre méticuleux qui frise la perfection. Le soleil commence sa descente et ses rayons percent à travers les colonnes pour baigner le lieu de sa lumière orangée. 

— Prince Hakan, nous nous réjouissons de votre retour ! L'endroit était plus terne sans vous. 

Je souris et prends la main qui m'est présentée. Les salutations ne finissent pas et j'ai la gorge sèche à force de parler à chaque membre de la cour. Des personnes que j'appréciais à l'époque, mais dont j'ai perdu tout le respect et l'admiration maintenant que je sais que leurs richesses sont bâties sur des milliers de midriens.

Dans leurs regards, je vois également leurs doutes non exprimés sur ma personne, leur dégoût face à mes cicatrices, leur confusion sur ce que je suis désormais. Le brouhaha ambiant, les verres qui tintent entre eux, tout ça est une musique à la fois si familière et à la fois lointaine. J'étais le premier à me joindre à eux pour boire et célébrer jusqu'à l'aube.

Je ne suis plus le prince joyeux et festif qu'ils ont connu. 

S'ils savaient que je suis revenu pour détruire leurs vies, ils feront tout pour me faire assassiner.

Mais pour le moment, je me préoccupe de garder ma dignité bien en place. Je serre plus fort mon pagne afin qu'il n'évite de tomber trop bas sur mes hanches. 

Profitant d'un moment de répit, Cyrène pose une main sur mon biceps, une lueur d'inquiétude dans ses prunelles soulignées par un trait doré. 

— Ton séjour dans le désert t'a fait perdre du poids.

— Si tu veux des conseils pour un régime efficace...

Elle me tape sèchement l'épaule. 

— Qu'est-ce que tu insinues ? (j'ouvre la bouche, mais elle s'empresse de se raviser) Non, ne dis rien qui ne pourrait entacher ma fierté.

Qu'une dame aussi haute puisse se sentir vexée par une remarque sur son poids me fait doucement rire. Elle m'attrape par la joue pour tirer dessus. 

Cyrène est l'épouse royale dans les affaires de l'état, la première prêtresse dans tout le royaume. Divinisée en une déesse réincarnée sur terre. Pourtant, son meilleur rôle a toujours été celui d'être mère. 

J'attrape sa main à la volée, la surprenant et embrasse l'intérieur de sa paume. Dans cet instant, je revois la fresque de nos moments passés ensemble et prends conscience de son rôle-clé dans ma vie. Elle est la femme qui m'a vu faire mes premiers pas, m'a réconforté après des chutes ridicules, m'a grondé lors de mes frasques, m'a soigné quand mon corps perdait la bataille. 

Une sentinelle qui a toujours veillé sur moi.

— Merci.

Ses yeux s'embuent d'un voile de larmes, car elle sait que ce mot signifie toute ma reconnaissance et mon amour pour elle. 

— Tu es passé par des épreuves difficiles et elles t'ont forgé en un homme meilleur. Je serais toujours fière de toi. Peu importe d'où tu viens, tant que tu sais où tu vas. 

Un bras musclé tombe sur mes épaules.

— Il ne va nulle part !

Misaël agite un index devant mon visage jusqu'à le poser entre mes deux yeux. 

— Sinon gare à tes fesses...

La pichenette qui m'assène est si forte que je titube en arrière.

Jetant ma dignité aux oubliettes, je me jette sur lui.

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