Chapitre 35

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Elyas 


Je refuse de croire qu'Eri est morte. Pas comme ça. 

Je suis revenu pour la sauver, pas pour apprendre sa mort !

Le salamandi s'agite à l'intérieur de moi. Comme un noyau qui brûle et se fissure pour déverser des étincelles de feu sur mon cœur. Je réalise que j'ai arrêté de respirer quand la main de Zilpa s'abat sur mon épaule. 

— Il faut qu'on parle. 

Mes poumons se gonflent sur une inspiration douloureuse et je lève le visage vers elle, la laissant voir le tourbillon d'émotions qui m'envahit. Car elle seule peut comprendre mon agonie. Elle ne rompt pas le contact visuel comme pour m'absorber au fond de ses yeux. Là où je peux m'ancrer et trouver refuge.

Nous nous exprimons de moins en moins à voix haute, tout en se comprenant de plus en plus. C'est un phénomène mystérieux et étrangement rassurant. Elle m'apporte la stabilité là où je perds pied. Je me demande ce qu'elle retire de moi en retour. 

Par Ziros, j'ignore même si elle m'apprécie parfois. 

Cela étant dit, ma tempête intérieure se dissout. 

L'Osnée se lève à cet instant. Sa décision est prise sur son visage troublé : elle va voir l'Asna. Exprimant chaleureusement ses remerciements aux parents adoptifs de Zilpa, elle me lance un dernier coup d'œil soucieux avant de nous quitter.

Cette conversation semble l'avoir ébranlé et je ressens une pointe de tristesse de la confronter aussi durement à la réalité. Elle n'a jamais connu autre chose que l'enceinte de ce palais. Faute de connaître mieux, elle s'est contentée de ce qui la rendait heureuse : sa famille. Comment lui en vouloir ? 

Le père de Zilpa nous scrute attentivement.

— Tu es d'origine midrienne.

Ce n'est pas une question, mais je confirme d'un hochement de tête. 

— Elyon nous a, en quelque sorte, échangé.

Leurs yeux s'arrondissent à la mention de leur vénérable dieu. J'y vois un élan d'espoir sur un fond de désespoir. Elyon, leur seule lumière qui leur permette de continuer à marcher dans l'obscurité de leur existence. Zilpa le remarque également sans que cela lui fasse plaisir. 

— À travers vous deux, il a réussi à créer un pont entre Midria et Septorä, réalise Martha émue. 

Nous échangeons un regard qui porte le poids d'une destinée faussée. Toute une vie qui aurait pu se passer de manière totalement différente. Ses sacrifices auraient dû être les miens. Mes privilèges, les siens. Elyon a inversé la trajectoire de nos vies pour mettre en lumière la profonde inégalité entre les deux peuples.

Tout nous sépare et tout nous réunit.

Notre alliance était improbable.

— Quelles sont tes intentions avec ma fille, jeune homme ?me demande Aquila.

J'écarquille les yeux de surprise. Voyant mon embarras, Martha assène une tape à son mari. 

— Allons, ce ne sont pas des choses qu'on demande à un prince.

— Moi aussi, je suis curieuse de savoir, l'interrompt Zilpa.

Je me sens acculé face à son regard qui me cloue sur place. 

— Je n'ai pas accepté de revenir pour régner, poursuit-elle. Tout ceci reste une mascarade à mes yeux. Et je refuse de devenir la reine dans un jeu de rôles que je maîtrise à peine. 

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