Chapitre 22

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Hakan


— Elyon est un midrien chassé de sa terre natale. Tant qu'il ne la reconquière pas, il sera enchaîné à jamais, à subir les souffrances de son peuple sur des générations. Comme lui, nous sommes liés au désert de Pourka et ne pouvons partir. Elyzéra est un village coincé, maudit, renchérit Guéra d'un air profondément peiné.

— Son histoire originelle a été perdue dans le sable et il vaut mieux pour notre survie, grommelle Jaïr. Si Septorä savait pour Elyndor, cet endroit serait détruit sur le champ.

— Que se passerait-il si l'un de vous essaye de partir ?

Une lueur sombre traverse le regard du meneur, comme si un souvenir venait de surgir.

— Nous sommes réduits à des grains de sable dès que nous franchissons la frontière du désert. Le seul qui ait néanmoins réussi fut un Salamandi très puissant : Shakarr. Pour affranchir les descendants d'Elyon, il a fait un pacte avec ce dernier, lui laissant utiliser son corps une seule et unique fois, pour s'introduire dans Septorä. Dans le processus, il a perdu la capacité de contrôler le sable.

Shakarr.

Ce maudit nom résonne encore et encore.

— Le soir de l'attaque, un Scorak m'a appelé par ce nom.

Jaïr fait un mouvement désinvolte de la main en se détournant.

— C'est idiot. Ces homme-scorpions n'ont plus toute leur tête après avoir passé des années à se transformer.

En voyant nos airs interrogateurs, Guéra a un léger sourire. Elle comprend que c'est beaucoup de découvertes.

— Ces Scoraks, tu as déjà dû en côtoyer auparavant (je fronce les sourcils, prêt à la démentir). Pas sous cette forme évidemment. Avant de vêtir la Carapace Noire, ils étaient des Septriens, plus précisément des Archippes. Ils ont gardé cet Ordre secret, car leurs expériences conduisent à des atrocités inhumaines.

Je revois Hamul et Koush sans pouvoir retenir une grimace d'horreur.

— Des prêtres qui sont prêts à tout pour servir leur Asna, renchérit Jaïr. Grâce à ta tuerie, aucun d'eux n'a pu rentrer et rapporter l'existence d'Elyzéra, mais ce sont des adversaires coriaces. Il faut en général cinq Salamandres pour en venir à bout d'un seul.

Je baisse les yeux sur mes blessures qui serpentent le long de mon corps. Chaque mouvement est douloureux comme si on promenait une râpe sur ma peau. Les croûtes ressemblent à des pierres de rubis.

Nous rebroussons chemin et la tombée de la nuit nous surprend lorsque nous sortons à l'air libre. Je me retourne vers l'antre avec ce sentiment qu'on m'arrache quelque chose de précieux. Puis me vient une réflexion alors que je monte sur mon chameau.

— Je ne suis pas enchaîné à Elyzéra, moi.

Le meneur me sourit avec toutes ses dents.

— Non, en effet. Chercheras-tu à partir ?

— Je sens une menace déguisée sous votre air un peu trop jovial.

Il éclate de rire et ce son rocailleux semble combler tout le désert de sa chaleur. Je soupire en sentant un profond désarroi.

— C'est à n'y rien comprendre !je m'écrie irrité. Pourquoi aurais-je mérité d'un pouvoir dont je n'ai aucune nécessité ? Pourquoi ai-je été échangé à ma naissance ? Pourquoi ai-je...

Je ferme violemment les lèvres en revoyant mon père s'agenouiller devant moi, prêt à recevoir les coups de fouet sous mon ordre. Ses yeux écarquillés alors qu'il me dévisageait. Ce jour-là, il m'a reconnu. Comme son unique fils disparu. Sa bouche s'est ouverte pour dire quelque chose, mais...

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