Elyas
Je suis fatigué.
De respirer le même air. De ne voir que l'obscurité. De ressasser chacun de mes choix. Encore et encore. J'ai tout le temps libre du monde et me voilà murer entre le silence, la culpabilité, la noirceur et le vide.
Zarkan a le souffle lourd. Il refuse de s'éloigner de moi, s'affamant et s'affaiblissant à vue d'œil. Sans avoir besoin à le toucher, je vois que ses côtés ressortent. Comme les miennes. Mon nombril toucherait presque ma colonne vertébrale, tellement mon ventre se creuse.
Je refuse tout simplement de manger et de boire.
Plus rien ne me retient dans ce monde. C'est la fin pour moi. Mais la mort semble se faire désirer, me rendant quasiment fou d'attente. Le temps s'écoule différemment dans cette cellule. J'ignore quand Misaël est venu pour m'annoncer ma prochaine exécution.
Je ferme les yeux et implore.
Qu'on en finisse.
Le sommeil se refuse à moi et j'ai la sensation de rêver éveillé. Ma vie défile devant mes yeux, de scène en scène, sans que je puisse suspendre ou passer le moment. Je revis chaque mort autant de fois qu'il n'y a d'étoiles dans le ciel.
Survivre à chacune d'entre elles est une des punitions les plus cruelles qu'on peut donner à un homme.
Maudit Elyon.
Je n'étais qu'un pion.
J'entends Zarkan feuler alors que des gardes Septriens viennent ouvrir ma cellule. Mon sourire de joie qui s'étire sur mes lèvres les déconcerte. Ils décrochent mes chaînes et je tombe contre le sol.
— Relevez-le.
Misaël.
La douleur est bienvenue alors qu'ils me soulèvent par les aisselles et me traînent en dehors de cet endroit. Seuls mes yeux bougent, signes du peu de vie qu'il me reste. La chronologie de Septorä s'étale devant moi alors que nous remontons les bas-fonds. Des guerres, des conquêtes, des mariages, des rites, et ainsi de suite.
En queue du cortège, Zarkan suit d'un pas lent, mais persiste à rester auprès de moi. Il est dans un état déplorable sinon pitoyable. J'aimerais me mettre en colère, lui dire de faire son chemin, mais un animal n'entend pas raison. Il suit ses propres règles, son instinct le plus pur et les lois du cœur. Jusqu'à la fin, il restera.
On m'agenouille sur la grande place.
Après s'être adressé aux Midriens, Misaël tend la main et un garde Septrien lui confie un fouet. Il démêle les lacets avant d'abaisser sa paume vers le bas. Prêt à frapper.
— Vingt coups, comme tu me l'as demandé.
Ses lacets se balancent dans le vide et je détourne le regard, déterminé à aller au bout de ma pénitence.
— Vingt coups.
Des protestations s'élèvent alors que le premier claquement retentir.
L'onde de choc me fait courber en avant, la douleur ne vient qu'après. Foudroyante. Je siffle à travers mes dents en sentant mes chairs s'ouvrir sur la longueur.
— Pour notre père, dit Misaël.
Je ferme les yeux.
Pour mon père.
La morsure suivante me fait toucher le sol du front. Des gouttes de sang fleurissent sous mes yeux. L'estafilade est remontée sur ma nuque cette fois. Serrant les poings, je retourne à ma position initiale.
VOUS LISEZ
À Ta Place
FantasiCapturée pour servir de jouet aux princes de Septorä, Zilpa, esclave à la seconde chance, se retrouve face à Hakan, un jeune noble insouciant qui défie les traditions sans en mesurer les conséquences. Mais lorsque leurs chemins s'entrelacent, Hakan...
