Zilpa
— Quel est mon prénom originel ?
Elyas me sourit tout en m'aidant à détacher la corde des chameaux.
— Sephira.
J'essaie de ne pas paraître troublée.
— Ce qui veut dire ?
Il réfléchit un instant, creusant dans sa mémoire avant de lever un index triomphant, tel un élève qui est parvenu à trouver la bonne réponse.
— Bénie des dieux.
J'ai un sourire en coin tout en secouant la tête.
— Rien que ça...
Cela ne m'étonne pas de ces êtres qui se pensent divins aux yeux du reste du monde. Se faire appeler ainsi est une couche supplémentaire pour asseoir leurs croyances. Un nom demeure un nom. C'est la personne qui donne valeur au prénom, non l'inverse.
— Je préfère Zilpa, je conclus.
Elyas n'a pas à me poser la question, je lui réponds aussitôt.
— Porteuse de miracles.
Il hoche la tête plusieurs fois, avec un air exagérément impressionné.
— Rien que ça...
Je lui assène une tape pour le dissuader de se moquer davantage. Alors qu'il s'éloigne en riant doucement, je me surprends à l'observer à la dérobée. Il n'a plus du prince que j'avais rencontré au début. Celui qui se pavanait, arrogant et extravagant, dans la grande cour de Septorä. Ce garçon orgueilleux qui se drapait de vanités a grandi.
Elyas a pris sa place.
L'espace autour de lui est devenu ouvert et non imposé, comme il avait pris l'habitude de faire par son statut. Ses yeux, auparavant si agressifs et méfiants, ont perdu en noirceur. Ses traits, moins durs, ont gagné en douceur comme ceux d'un homme qui a été marqué par l'impitoyable douleur. Le sourire qu'il arbore est devenu plus large, plus sincère. Plus vrai.
Nous replions les tentes avant de charger nos montures pour un dernier voyage avant d'arriver à destination. Nous ne sommes plus qu'à une colline de Septorä. Plus nous approchons de la dynastie, plus je ressens la fragilité de notre entreprise.
Le soleil n'est pas arrivé à son zénith que nous sommes arrivés au puits de Mazdas. Une entrée dissimulée par un flanc de montagne escarpé. Peu de personnes passent par ce chemin, car les risques d'éboulement sont imminents. C'est ici, que le soir où je me suis enfuie, Aquila et Martha m'ont emmené, saine et sauve.
Tandis que les chameaux s'abreuvent, je frôle le contour d'une pierre de mes doigts avant de jeter un dernier regard en arrière. Le désert de Pourka semble me regarder en retour, tel un animal immobile, qui attend le prochain mouvement avec fébrilité.
— Zilpa.
Se tenant à l'entrée d'une cavité, Elyas me fait signe de passer devant. Je me détourne avec cette conviction que nous n'aurions plus de moment calme comme celui-ci. Je le guide à travers le sentier au chemin tortueux, qui nous écorchent les épaules et les genoux, ainsi que les chevilles. J'avais oublié que la roche était plus acérée, plus tranchante, plus saignante.
Après un moment qui parait durer une éternité, la montagne écarte ses parois pour nous dévoiler Midria qui s'étale devant nos yeux. Je me fige pour embrasser la vue époustouflante du regard.
La cité vibre par le mouvement de ses habitants qui se préparent à se rendre aux chantiers, du zénith au coucher de soleil. La seule chance de rencontrer son voisin, de rendre visite à un proche, de faire du troc, d'échanger bétail et nourriture, de manger ensemble, de jouer, de s'embrasser, se trouve dans ce court intervalle.
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À Ta Place
FantasyCapturée pour servir de jouet aux princes de Septorä, Zilpa, esclave à la seconde chance, se retrouve face à Hakan, un jeune noble insouciant qui défie les traditions sans en mesurer les conséquences. Mais lorsque leurs chemins s'entrelacent, Hakan...
