Chapitre 36

25 3 0
                                        

Zilpa


Depuis mon entrevue avec Aquila et Martha, des tremblements ne cessent de parcourir mes mains. Je les frotte entre elles.

Je revois le visage du petit garçon à Midria. Autant d'espoir concentré dans un regard... Cela est d'autant plus effrayant maintenant que je connais la prophétie. Elle m'assaille de doutes, m'écrase sous la charge, et me donne envie de faire marche arrière.

Le mot sur mes origines s'est sûrement répandu. Je me demande comment le peuple midrien prend la nouvelle. Avec dégoût ? Que l'une des leurs s'avère avoir du sang de leurs ennemis ? Ou comme Elyas, avec cette détermination renforcée que l'avantage est de notre côté ?

Oui, j'ai accepté de revenir de mon plein gré. Oui, je veux à tout prix sauver Midria. Mais si j'avais su que je serais en première ligne pour cela, j'aurais réfléchi à deux fois avant de faire demi-tour.

— Tu as l'air tendu. Les retrouvailles avec tes parents se sont bien passés ?

Je croise le regard d'Alysse dans le miroir. L'Iris coiffe mes cheveux en les rassemblant dans une couronne de tresses. 

— Très bien. 

— La Reine avait l'air fâchée en sortant de votre entrevue.

— Elle a appris qu'une tribu enlevait et monnayait les midriens.

Depuis la disparition de sa mère, Elyas ne tient pas en place et j'ai bien peur qu'il provoque une tempête émotionnelle. Cela a failli se produire tout à l'heure.

Avant notre départ d'Elyzéra, Guéra m'avait prise à part. Du menton, elle m'avait indiqué Elyas qui chargeait son chameau. 

— Reste à ses côtés, le salamandi prend le dessus quand son possesseur ne se contrôle plus. Il est encore très vulnérable au don. Ta présence agit comme un calmant. Il va avoir besoin de toi, Zilpa.

Je lui avais promis.

— J'en ai entendu parler, dit Alysse en ornant mes cheveux de fleurs. L'Asna semble avoir mieux à faire que de s'occuper d'une bande de truands cupides.

— Je me demande lequel des deux est le plus cupide. Les Ganzareth agissent au nom de l'argent, Septorä asservit au nom de leur empire.

Alysse a un mince sourire qui révèle une fossette sur sa joue droite. Elle pose son peigne.

— J'ai terminé.

Je soupire.

— Est-ce que ça va être comme ça tous les soirs ? Les septriennes ne font-elles que ça de leur temps ? Se pouponner ?

— J'en ai bien peur, princesse. Elles n'ont que le devoir d'être des épouses que les septriens doivent être fiers de montrer à leurs bras.

— Un jeu de qui sera la plus belle en somme. Ce n'est pas la stratégie la plus avantageuse pour moi...

Alysse finalise les dernières touches de mon maquillage.

— Compte sur moi pour ça, ajoute-t-elle en me faisant un clin d'œil.

— Si l'une de nous prend du plaisir, c'est déjà ça de gagner.

Elle glousse et m'aide à enfiler ma cape en filaments, par-dessus la robe blanche qui me tombe au-dessus des chevilles, contrastant avec ma peau brune. Je passe mes doigts sur les pierres nacrées qui ornent le plastron.

L'Osnée m'a offerte la garde-robe qu'elle portait dans sa jeunesse, persuadée qu'elle m'aille comme une seconde peau. Elle avait raison : nous partageons la même silhouette.

À Ta PlaceOù les histoires vivent. Découvrez maintenant