Zilpa
Sans cesse, je me suis demandée comment les septriens vivaient leur vie en toute insouciance, sachant pertinemment qu'ils exploitaient la misère de pauvres gens. Juchée sur le rebord de mon balcon, j'ai ma réponse.
Il suffit de prendre de la hauteur.
D'ici, Midria est réduite à la taille d'une fourmilière. On ne voit pas les visages, on n'entend pas les cris, on ne sent pas la sueur. Il n'y a que des fourmis qui s'affairent et travaillent dans une organisation bien menée.
Mes ongles se plantent dans la pierre lisse.
Dieu que j'aimerais replacer ces deux mondes à la même hauteur. Mettre les septriens face à leurs crimes. Les agenouiller devant les midriens afin qu'ils ressentent, pour la première fois dans leur vie, ce sentiment injuste d'infériorité.
Je secoue la tête. Elyas veut éviter un bain de sang à tout prix. Nous procéderons à sa manière, car il détient le pouvoir de renverser les choses. Or, si cela ne fonctionne pas comme prévu...
— Princesse ?
Je rouvre les yeux brusquement et me tourne vers une Iris. L'appartement dans lequel je suis est si vaste avec des ouvertures de tous les côtés que son apparition furtive ne m'étonne pas. Ce qui me surprend en revanche, c'est la manière dont elle m'a appelé.
— Je ne crois pas avoir mérité cette qualification.
L'Iris joint ses mains sagement devant son nombril exposé.
— Le mot court partout dans le royaume que la princesse disparue a été retrouvé.
Un frisson parcourt mon échine.
— Déjà...
Je n'ose imaginer les remous que mes véritables origines vont provoquer. Que ce soit à Septorä ou Midria.
— Je suis à votre service. Je viens pour vous aider à vous habiller pour le dîner de ce soir.
Le ton doucereux de sa voix, sa manière de se tenir, la grâce subtile et contrôlée dans chacun de ses mouvements. Un conditionnement imposé sur des années qui ont effacé sa vraie personnalité.
L'Iris s'approche à mini pas. Sa robe moulante la contraint à peu de liberté de mouvement. Cela doit sûrement plaire à ces gardes septriens. Je serre les dents. Je n'aurais jamais pu devenir l'une d'entre elles. J'aurais fait des ravages dans leurs rangs, à commencer par déchirer cette tenue.
— Quel est ton nom ?
Perturbée par ma soudaine question, elle a failli trébucher sur la dernière marche.
Se tenant face à moi, elle cligne plusieurs fois des yeux. Ses cils sont colorés d'un bleu saisissant et un trait noir forme une arabesque sous son œil, rendant son regard magnétique. Je ne me laisse pas amadouer. Les Iris maîtrisent le degré de luminosité de leurs pupilles, d'où leur surnom.
— Iris.
— Non, ton prénom, je réplique, m'attendant à cette réponse toute préparée.
Elle me sourit sans sincérité.
— Cela ne vous sera d'aucune utilité, princesse Sephira.
Je brandis mon avant-bras devant son visage et retrousse ma manche violemment sur des cicatrices.
— Ne m'appelle plus comme ça, je cingle. Je suis Zilpa, fille d'Aquila et de Martha, et ça ce sont les coups de fouet que j'ai récolté à servir l'infâme Septorä. Je suis tout autant midrienne que toi et tu es mon aînée de quelques années, alors cesse ton numéro de servante soumise.
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À Ta Place
FantasyCapturée pour servir de jouet aux princes de Septorä, Zilpa, esclave à la seconde chance, se retrouve face à Hakan, un jeune noble insouciant qui défie les traditions sans en mesurer les conséquences. Mais lorsque leurs chemins s'entrelacent, Hakan...
