Cheveux d'encre

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Dans une loge exiguë, éclairée par la lumière chaude d’une rangée d’ampoules, une femme ajustait méticuleusement ses cheveux devant un miroir. Les boucles sombres encadraient un visage au regard troublé, comme si elle scrutait son propre reflet à la recherche d’un souvenir perdu.

Sur la coiffeuse encombrée, une boîte de teinture noire, partiellement refermée, se tenait en équilibre précaire. Une fine goutte s'échappait de son bord, traçant une ligne irrégulière jusqu’à un pinceau abandonné plus loin.

À côté , des objets jetés au hasard : un rouge à lèvres, un peigne cassé, et une photo froissée retournée face contre bois. La femme acheva de nouer les lacets de sa robe noire.

Elle s’éloigna du miroir et prit une profonde inspiration, comme pour se préparer à affronter ce qui l’attendait au-delà de cette porte. Mais en posant la main sur la poignée, elle se figea.

Elle chercha rapidement autour d’elle, le regard paniqué, et murmura :

Où est-il ?

Revenant à la coiffeuse, elle éparpilla le maquillage et les papiers, jusqu’à ce qu’un petit écrin attire son attention. Elle l’ouvrit avec précaution, révélant un pendentif en jade suspendu à une fine chaîne d’argent.

Elle le prit dans ses mains, l’observant longuement. Ses doigts caressèrent doucement la pierre froide, et son expression vacilla, oscillant entre une tristesse insondable et une étrange détermination.

Après un instant, elle le passa autour de son cou, lissant soigneusement la chaîne avant de retourner vers la porte. Un dernier regard vers la pièce, et elle s’éclipsa, laissant derrière elle une odeur âcre, un mélange de teinture et de lavande fanée. Cette fois, elle sortit sans hésitation, sa silhouette disparaissant dans un couloir faiblement éclairé.

Dans la pièce vide, la lumière du miroir continuait de briller, projetant l’ombre de la chaise vide sur le mur.

***

La femme descendit lentement l’escalier en colimaçon menant à une salle tamisée. Les murs, recouverts de velours pourpre, renvoyaient une ambiance feutrée. Dans un coin, un pianiste jouait doucement, ses notes s’entremêlant avec le murmure des conversations.

Elle avançait avec assurance, ses talons claquant sur le parquet ciré. Tous les regards semblaient converger vers elle, fascinés par sa silhouette élégante et son aura mystérieuse. Pourtant, elle ne semblait voir personne, son attention focalisée sur une table isolée près du bar.

Un homme, vêtu d’un costume sobre mais impeccable, l’attendait. En la voyant approcher, il se leva et inclina légèrement la tête, un sourire à peine perceptible sur ses lèvres.

Vous êtes ponctuelle, remarqua-t-il en tirant une chaise pour elle.

Elle s’assit sans répondre, posant calmement son sac sur ses genoux.

Je préfère que cela soit rapide, dit-elle d’une voix basse mais ferme.

L’homme haussa un sourcil, visiblement amusé par son ton direct. Il sortit un dossier de son attaché-case et le poussa doucement vers elle.

Tout est là, murmura-t-il. Vous avez pris un grand risque en venant ici.

Elle ouvrit le dossier avec précaution. Ses yeux parcoururent les documents, mais son expression resta impassible.

Ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils ne remontent jusqu’à vous, ajouta-t-il.

Elle referma le dossier brusquement et releva la tête.

Alors faisons en sorte qu’ils ne le fassent pas, rétorqua-t-elle avant de se lever, son collier de jade captant brièvement la lumière.

L'homme plissa les yeux, le regard chargé d'une incompréhension subtile. Ses lèvres s'ouvrirent légèrement, prêt à formuler une question, mais il s'interrompit brusquement en posant les yeux sur ses cheveux.

Qu’avez-vous fait à vos cheveux ? murmura-t-il, incapable de masquer sa surprise.

La jeune femme ne répondit pas tout de suite. Elle se contenta d’incliner légèrement la tête, laissant ses mèches sombres tomber autour de son visage. Un sourire délicat étira ses lèvres, mais ce n’était pas un sourire de joie. Ses yeux, brillants de larmes qu’elle ne laissait pas tomber, reflétaient une tristesse qu’elle ne tentait pas de cacher.

Elle détourna le regard, feignant de s’intéresser à la flamme vacillante d’une bougie sur la table voisine.

Il fallait que je change, murmura-t-elle enfin, sa voix teintée d’un mélange de défi et de vulnérabilité.

L’homme, déconcerté, recula imperceptiblement sur sa chaise, comme si cette réponse l’avait frappé d’une vérité qu’il n’était pas prêt à entendre.

Sans un mot de plus, elle s’éloigna, disparaissant dans la foule comme une ombre.

La peau noire Où les histoires vivent. Découvrez maintenant