La pluie s’était mise à tomber fine et froide lorsque Ndi Go’o et Mano descendirent de la camionnette qui avait accepté de les porter gratuitement à l'arrière avec la chèvre Bertina. C'était ça où payer un autre fiacre et les deux détectives n'avaient prévus de sous en plus pour cette nouvelle aventure.
Le sanatorium se dressait un peu à l’écart de la ville, un grand bâtiment aux façades pâles, entouré d’un jardin si bien entretenu qu’il en paraissait irréel.
On y sentait cette odeur âcre de désinfectant qui colle à la gorge, mêlée au parfum humide des roses taillées trop souvent.
— C’est ici, murmura Mano, en serrant la feuille chiffonnée entre ses doigts. Clinique Sainte-Odile, pavillon B.
Ndi Go’o garda le silence. Mano avait été très ingénieux de fouiller dans les poubelles de la villa des Beaux-Bourges. On n'y trouvait beaucoup de choses. Notamment un reçu d'hôpital au nom de Juma. Depuis la veille, elle n’avait presque pas dormi. Le visage de Juma la hantait, son rire, sa façon de tresser ses cheveux en chantonnant.
Tout cela lui semblait déjà lointain. Trop lointain.
À l’accueil, une infirmière au visage cireux les observa longuement avant de répondre d’une voix égale :
— Mademoiselle Juma ? Oui, elle a bien été admise ici, mais elle a été transférée.
— Transférée ? Où ça ? demanda Ndi Go’o, la voix tremblante.
— Je ne saurais vous dire. Le dossier a été clos, répondit l’infirmière sans ciller.
Le médecin-chef, un homme à la moustache impeccable, arriva presque aussitôt, comme s’il avait prévu leur visite.
— Je crains de ne pas pouvoir vous donner plus d’informations. L’état de la jeune fille nécessitait des soins… particuliers.
— Des soins de quoi ? insista Mano.
— Je vous en prie, monsieur, dit le médecin en esquissant un sourire trop calme. Nous savons ce que nous faisons ici.
Tout, dans ce lieu, semblait réglé à la seconde près : les pas des infirmiers dans le couloir, le tintement des plateaux d’acier, même le vent dans les rideaux paraissait obéir à une consigne.
Quand ils ressortirent, Ndi Go’o eut un vertige.
— Mano… tu n’as pas trouvé ça étrange ?
Il hocha la tête.
— Si. On aurait dit qu’ils voulaient surtout nous faire partir.
Elle regarda le bâtiment s’éloigner, massif dans la brume. Une intuition, glaciale, lui traversa le corps :
— Juma n’a jamais été transférée.
Mano serra sa main.
— Alors on va la retrouver. Même si on doit retourner là-bas de nuit.
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La peau noire
Ficção HistóricaDans le Paris des années 20, Ndi go'o Mukaté, une jeune femme d'origine camerounaise, rêve de révolutionner le monde de la mode. Avec son talent de couturière et sa vision unique de la mode, elle souhaite mêler l'élégance parisienne à ses racines af...
