Gérante d'une journée

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     Le lendemain était arrivé bien trop vite pour Ndi Go’o. Elle avait à peine eu le temps de fermer les yeux, que déjà les rayons du soleil perçaient à travers les rideaux de sa petite chambre. Elle n'avait aucun souvenir clair de l’heure à laquelle elle était rentrée, mais elle savait qu'elle avait bu un peu de vin et mangé des plats si raffinés que son estomac, habitué à des repas plus rustres, en avait été chamboulé.

     Le goût du vin restait légèrement sur sa langue, et sa tête était encore un peu lourde de la soirée passée chez Lavoyette. Elle observait le plafond blanc dont l’humidité avait teintes certaines parties en jaune.

Lavoyette. C’était comme un rêve, un rêve étrange où elle s'était retrouvée au milieu de la haute société, assise à la table de gens bien. Pourtant, ce n'était pas un rêve. Boucarré l'avait vraiment emmenée là-bas, et elle avait survécu à la soirée, contre toute attente.

     Mais aujourd'hui, elle devait retourner à la réalité. Une réalité où elle n'était ni invitée à des dîners mondains ni adulée pour son esprit. Aujourd'hui, elle devait s'occuper du magasin en l'absence de son patron. Boucarré lui avait confié la gérance du lieu pour la journée, une responsabilité qu’elle n’avait pas vu venir.

     Ndi Go'o se redressa péniblement de son lit. Elle tira son rideau faîte de toile et regarda par la fenêtre. Les rues s'animaient déjà . Une petite voix intérieure lui disait que cette journée serait différente, qu'elle marquerait un tournant.

— « Gérante d'une journée... » murmura-t-elle, comme pour se convaincre que tout irait bien.

     Après avoir pris une douche froide dans l’unique salle de bain de la maison, elle s’habilla rapidement, enfila ses bottes usées, et se prépara à affronter ce nouveau défi.

     Avant de sortir elle ramassa sur sa commode les clés de la boutique de Boucarré lui avait remises hier dans sa calèche. Elle les avait regardée longuement avant de les ranger dans les poches de sa robe. Aujourd'hui elle avait opté pour une robe en coton rouge et à longues manches.

    Elle resserra légèrement la ceinture autour de sa taille, ajusta une dernière fois sa tignasse qu'elle avait décidé de laisser au vent encore aujourd'hui.

     Avant de s'en aller complètement, Ndi Go'o entra doucement dans la chambre de sa sœur Juma. L'aube éclairait timidement la petite pièce, révélant les modestes mais soignés détails de la décoration : des fleurs séchées accrochées sur les murs, quelques bibelots offerts lors des rares fêtes de famille. Sur une étagère peinte en bleu, soigneusement alignés, se trouvaient des accessoires de maquillage. Des rouges à lèvres de couleurs vives, des pinceaux délicats, et des flacons de vernis pastel.     

     C’était là le royaume de Juma, la petite coquette de la maison. Elle aimait se pomponner, se démarquant par son amour des petites touches de glamour malgré la simplicité de leur quotidien. Juma dormait encore profondément.

     Sans faire de bruit, elle sortit deux billets de sa poche et les déposa discrètement sur la table de chevet, juste à côté d'une petite lampe. C'était assez pour que Juma puisse préparer à manger pour elle et leur frère, qui devait arriver dans quelques heures.

     Elle jeta un dernier coup d’œil à Juma, avant de quitter la pièce sur la pointe des pieds et referma délicatement la porte derrière elle.

   Serrant les clés dans sa poche, elle respira profondément. Ce serait une journée différente de toutes les autres, elle en était certaine.

     Ndi Go'o sentit un nœud se former dans son estomac alors qu'elle s’approchait de la boutique. Un mélange d'excitation et d'appréhension. Elle savait que Boucarré lui avait confié une lourde responsabilité, mais elle ignorait comment cela allait être accueilli par les autres employées. Lorsqu'elle arriva devant la boutique, Sandra, Josepha, et Lonra étaient déjà là, impatientes.

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