Les congés au château de Woolsack étaient une occasion pour les couturières et petites mains de Coco de s'accommoder aux règles de la haute société.
Les journées s'étiraient entre des rituels stricts. Le matin, après un petit déjeuner servi sur de fines porcelaines, les dames s'adonnaient à des activités convenables : broderie, lecture de poèmes, ou discussions mondaines sur les derniers potins mimizanais. L'après-midi était réservé aux promenades dans les jardins impeccablement taillés, où elles se devaient d'afficher une élégance irréprochable sous leurs ombrelles de dentelle. Puis venaient les séances de thé, où l'on se plaisait à critiquer avec finesse, un éventail agité discrètement entre les doigts. Le soir, après un dîner aussi raffiné que protocolaire, on s'installait au salon pour écouter un pianiste jouer des morceaux de Chopin, tandis que les plus hardies osaient quelques pas de valse.
Tout ceci était beaucoup trop monotone pour Ndi Go'o. Elle se sentait compressée, étouffée par cet univers où chaque geste semblait pesé sur une balance de préjugés.
Il y avait beaucoup trop d'exigences...
Une dame ne court pas.
Une dame ne rit pas trop fort.
Une dame ne pose jamais les coudes sur la table.
Une dame ne pose jamais de questions indiscrètes.
Une dame ne croise pas les jambes de cette façon...
Heureusement, rien n'était obligé. Ndi go'o avait essayé de ce prêter au jeu, mais Chaque jour lui paraissait plus oppressant que le précédent. Comment diable faisaient-elles pour supporter une existence aussi réglée que les aiguilles d'une horloge ?
Elle s'appuya contre le rebord de la fenêtre et observa les jeunes dames s'amuser en tressant leurs cheveux. Elles semblaient si légères, si insouciantes, à mille lieues de ses propres préoccupations. Plus loin, elle aperçut Sandra, absorbée dans une conversation animée avec les couturières. Elle s'était intégrée parmi elles avec une aisance déconcertante, bien mieux que Ndi Go'o n'y était jamais parvenue.
Un soupir lui échappa.
Le silence de la chambre fut brisé par un léger bruit sur la moquette. Ndi Go'o se raidit. Quelqu'un était entré.
Elle se retourna brusquement et aperçut Yero, appuyé négligemment contre le chambranle de la porte. Son éternel sourire hautain flottait sur son visage, comme s'il savourait déjà l'agacement qu'il allait provoquer.
- Tu n'as pas frappé.
- Ai-je besoin de frapper ? répondit-il avec cette désinvolture exaspérante.
Son regard balaya la pièce avant de revenir se fixer sur elle, un éclat moqueur dans les yeux.
- Alors, Indigo... tu t'habitues à ta nouvelle vie de... dame ?
Ndi Go'o croisa les bras et le toisa froidement.
- Sors.
Yero fit mine de ne pas entendre et s'avança lentement, ses pas amortis par l'épais tapis. Il fit glisser ses doigts le long du dossier d'un fauteuil en velours, puis s'arrêta juste assez près pour qu'elle sente son parfum épicé.
- Pourquoi tant d'hostilité ? murmura-t-il. Tu es bien plus divertissante quand tu ne joues pas à la statue de marbre.
- Et toi, tu es bien moins insupportable quand tu es ailleurs.
Il rit doucement, mais son regard s'assombrit légèrement.
- Toujours aussi mordante... Mais je sais que tu t'ennuies ici. Ce n'est pas ton monde.
Il marqua une pause, puis baissa la voix d'un ton.
- Si je te disais qu'il existe une autre porte de sortie, une issue que ces demoiselles bien élevées n'oseraient jamais envisager... Tu serais curieuse ?
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La peau noire
Historical FictionDans le Paris des années 20, Ndi go'o Mukaté, une jeune femme d'origine camerounaise, rêve de révolutionner le monde de la mode. Avec son talent de couturière et sa vision unique de la mode, elle souhaite mêler l'élégance parisienne à ses racines af...
