Le réveil

46 6 4
                                        

Le lendemain à l'aube, le château de Wooslack n'était plus qu'un grand corps malade. Les couloirs sentaient le bois ciré et les oeufs brûlé. Une horloge battait trop fort dans le silence. Dans le hall, deux hommes en redingote grise prenaient des notes. Le plus jeune mâchonnait le bout de son crayon. L'autre balayait la pièce du regard, comme s'il cherchait une faille jusque dans les murs.

Un valet passait, les bras chargés de draps. Il baissa les yeux.

Au pied de l'escalier, une femme de chambre essuyait pour la troisième fois la même marche, à genoux, l'éponge tremblante.

Personne n'osait parler à voix haute.

Au-dessus, derrière la balustrade du grand escalier, Ndi Go'o observait la scène.

Elle n'avait pas dormi. Pas vraiment. Elle avait juste fermé les yeux, une ou deux heures, sans réussir à oublier l'image de Sandra allongée sur le sol, la main toujours crispée autour du verre.

Son verre.

Une domestique vint la chercher. D'un signe de tête.

- Mademoiselle, ils aimeraient vous parler.

Elle descendit lentement. Chaque marche grinçait sous ses pieds. La lumière du matin filtrait à travers les vitraux, peignant le marbre de nuances froides. On lui indiqua un petit salon du rez-de-chaussée, transformé en salle d'interrogatoire improvisée. Deux fauteuils, une table basse, un carnet. Et des regards inquisiteurs.

Elle s'assit.

- Mademoiselle... N-di... Digo, c'est bien cela ?

- Ndi go'o

L'un des officiers croisa les bras.

- Vous étiez présente lors de la soirée d'hier. Où étiez-vous exactement au moment où Mademoiselle Sandra s'est évanouie ?

- Dans les toilettes. Avec Luci.

- Qui a servi les verres ? Vous avez vu ?

Elle secoua la tête.

- Non. J'ai pris un verre au hasard. Je ne me souviens même pas du visage de la personne. J'ai regardé le champagne. Et puis... je l'ai posé à côté de Sandra. C'est tout.

Un silence. L'officier note. Il ne l'interrompt pas.

- Pourquoi l'avez-vous posé ?

Elle hésite.

- Je... je n'aime pas le goût. Et puis... Luci est venue me chercher précipitamment.

Un autre silence. Plus lourd.

L'un des officiers referma sèchement son carnet.

- On va reprendre. Depuis le début.

Ndi Go'o hocha doucement la tête.

- Vous avez servi le verre vous-même ?

- Non... je l'ai juste... pris.

- Pris où ?

- Sur le plateau... je crois.

- Vous croyez ? Ou vous savez ?

- Je...

- Il y avait d'autres verres ?

- Oui.

- Pourquoi celui-là ?

- Je... je ne sais pas... je n'ai pas réfléchi.

L'officier pencha légèrement la tête, sourire crispé.

- Donc vous prenez n'importe quel verre, sans réfléchir, et par hasard, c'est celui-là qu'on empoisonne ?

- Non, je... ce n'est pas ça...

La peau noire Des histoires addictives. Découvrez maintenant