Koi no yokan

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Boucarré était assis dans une petite salle mal éclairée et dont le plafond était tellement bas qu'il avait l'impression d'être dans une cage. En face de lui, deux policiers le tenait sous un regard scrutateur. L’un, un homme d’âge mûr à l’air sévère, et l’autre, une jeune femme qui semblait davantage s’occuper de distribuer du café que de mener l’enquête.

— Où étiez-vous hier soir, Monsieur Benedicto Boucarré ? demanda l’officier Ravagne d’un ton tranchant.

— Ça fait trente minutes que je vous dis que j’étais chez moi ! grogna Boucarré, exaspéré. J’ai bu toute la nuit, et je me suis réveillé quand vous avez débarqué chez moi.

L’officier Ravagne esquissa un sourire froid.

— En êtes-vous sûr ? Parce que nous avons trouvé ceci sur les lieux de l’incident.

Il ouvrit une boîte en bois et présenta un objet à Boucarré. La vue de l’objet fit sursauter ce dernier, encore engourdi par l’alcool. Il se redressa brusquement, les yeux écarquillés.

— Mais… ! murmura-t-il, balbutiant de confusion.

Ravagne croisa les bras, un sourire narquois étirant ses lèvres.

— Connaissez-vous à qui appartient ceci, Boucarré ? lança-t-il, le ton plein de défi.

La jeune policière, jusqu’alors silencieuse, observait la scène d’un air intrigué, une tasse de café à la main. Elle semblait moins intéressée par les réponses de Boucarré que par les expressions changeantes de son visage.

Ravagne, lui, était convaincu.

Il avait trouvé son coupable.

***

Mano venait de terminer une coupe "à la Gatsby", avec des côtés bien dégagés et une raie bien marquée sur le côté, fixée avec une touche de brillantine. Une coiffure élégante et typique des hommes sophistiqués de ce Paris de l'époque. Il se tourna pour ranger ses outils avec soin, ajustant un peigne sur son poste.

— Ça fera 25 francs, annonça-t-il d’un ton respectueux en tendant une main proprement gantée.

Le client, un homme corpulent au costume râpé, écarquilla les yeux et bondit de sa chaise.

— Quoi ?! Vous êtes malade ?! Autant d'argent pour une simple coupe de cheveux ?!

Mano resta calme malgré l’agitation.

— Monsieur, avec tout le respect que je vous dois, le prix ne me semble pas exagéré. C'est le tarif affiché, regardez.

Il désigna le tableau rouge accroché à côté du large miroir où les prix étaient soigneusement inscrits.

— Tous les prix sont là, et c'est bien indiqué : "Coupe homme – 25 francs."

L’homme serra les poings, une rougeur lui montant aux joues.

— Espèce de jaune ! Comment oses-tu me parler de la sorte ?

Mano sentit son estomac se nouer. Il connaissait ce ton, cette insulte qu’il avait entendue bien trop souvent depuis qu’il avait quitté son Japon natal pour s’établir en France. Pourtant, il refusa de céder à la colère.

— Monsieur, je vous parle posément et respectueusement, répondit-il avec fermeté. C’est vous qui criez.

Mais l’homme tapait déjà du poing sur le comptoir.

— Puisque vous persistez à me manquer de respect, jeune chenapan, sachez que je ne paierai pas ! Et je déconseillerai votre salon à tous ceux que je connais !

La peau noire Des histoires addictives. Découvrez maintenant