— Céleste, ce n’est pas comme ça qu'on fait ! Tiens ton aiguille droite, entre le pouce et l’index, comme ça ! réprimanda Madame Devrière, sa voix roque résonnant dans l’air étouffant de l’atelier.
Son regard acéré balaya la pièce, s’arrêtant sur Gertrude.
— Gertrude ! On se réveille ! Vous rêvassez en pleine couture, ou quoi ?
Gertrude sursauta, ses doigts tremblants reprenant en hâte leur travail sur le tissu. Les bruits irréguliers des machines à coudre emplissaient la pièce, entrecoupés des soupirs nerveux des apprenties.
Un jeune commis entra et s’approcha timidement, hésitant à interrompre la tempête qu’était Madame Devrière.
— Madame Devrière, le fournisseur de tissus… tenta-t-il d’une voix incertaine.
Elle ne lui accorda même pas un regard.
— Plus tard ! lança-t-elle sèchement, avant de se tourner vers Monique. Et Monique ! Faites des points serrés, on n’est pas dans un cours pour débutants, bon sang !
Le commis recula légèrement, évitant son regard.
Madame Devrière s’arrêta devant Marie Cléret, qui hésitait encore à poser son pied sur la pédale de la machine.
— Marie, appuyez sur la pédale ! Il faut de la force, pas une caresse !
L'agitation dans l'atelier atteignait son paroxysme. Les apprenties, terrorisées, redoublaient d’efforts, leurs gestes devenant maladroits sous la pression.
Le commis, cette fois, leva la voix, plus déterminé :
— Madame Devrière ! Le fournisseur attend.
Elle se retourna vivement, ses talons claquant durement contre le carrelage.
— Et vous n’avez pas jugé utile de le dire plus tôt ? Faites-le entrer, et vite !
Le commis recula précipitamment, confus, avant de s’éclipser en silence.
Chez Madame Devrière, c’était comme ça chaque jour. La colère n’était pas une émotion : c’était un mode de vie.
Lorsque le fournisseur de tissus entra, ses pas étaient hésitants. Il semblait s’amenuiser sous le regard impitoyable de Madame Devrière, qui l’examina des pieds à la tête comme si elle jaugeait un prétendant indigne.
— Vous voilà enfin, lança-t-elle en croisant les bras avec un claquement sec de langue. J’espère que cette fois, vous avez apporté quelque chose de qualité.
L’homme, visiblement intimidé, déposa un rouleau de tissu d’un bleu profond sur la table. Il le déballa avec soin, révélant une texture lustrée et impeccable.
— Bien sûr, Madame Devrière. Ce tissu est un tout nouveau modèle, tout droit venu de Lyon. Un mélange innovant de soie et de lin, d’une douceur incomparable.
D’un geste brusque, elle saisit un coin du tissu et le palpa entre ses doigts, son visage se plissant sous l’effet de la concentration. Elle tira un échantillon d’un coup sec et l’examina à la lumière de la grande fenêtre, ses yeux scrutateurs cherchant la moindre imperfection.
— Hum… pas mal, lâcha-t-elle, presque à contrecœur. Puis, levant un sourcil, elle ajouta : Mais où est l’audace ? Où est la puissance ? Je veux des couleurs qui frappent, des textures qui appellent à être touchées. Le bleu, c’est pour les craintifs et ceux qui manquent d'imagination. Montrez-moi autre chose.
Le fournisseur, pris au dépourvu, fouilla dans son sac et en sortit une série d’échantillons aux teintes vibrantes : un jaune solaire, un vert émeraude et, enfin, un rouge flamboyant.
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La peau noire
Historical FictionDans le Paris des années 20, Ndi go'o Mukaté, une jeune femme d'origine camerounaise, rêve de révolutionner le monde de la mode. Avec son talent de couturière et sa vision unique de la mode, elle souhaite mêler l'élégance parisienne à ses racines af...
