La pénombre de la chambre était à peine troublée par la lueur vacillante de la lampe de chevet.
Assise sur son lit, Ndi Go’o tournait nerveusement le cadran du téléphone noir posé sur la table en bois. La voix mécanique du répondeur se fit entendre au bout du fil, agaçante comme à chaque fois :
— Vous êtes bien chez Les De Roy, veuillez laisser un message après le signal sonore.
Ndi Go’o soupira. Depuis plusieurs jours, sa mère ne décrochait plus. Elle avait d’abord mis cela sur le compte de son emploi du temps chargé — elle travaillait comme gouvernante dans une vaste demeure à la lisière de Paris. Là-bas, le réseau était capricieux, et les coupures fréquentes.
Elle soupira, prête à raccrocher, quand soudain, un déclic se fit entendre. Quelqu’un venait de décrocher.
— Allô ?… Allô maman ? C’est toi ? demanda-t-elle avec empressement.
Un léger grésillement s’installa, puis une voix faible, presque inaudible, murmura :
— …Oui…
Et l’appel se coupa net.
Ndi Go’o resta figée, le téléphone toujours fixé à son oreille. L’appel avait duré moins de quinze secondes. Elle voulut rappeler aussitôt, mais le téléphone sonnait dans le vide. Une tension froide lui saisit la nuque.
Était-ce vraiment sa mère ? Pourquoi sa voix semblait-elle si… lointaine ? Si étouffée ?
Avant qu’elle ne puisse se perdre davantage dans ses pensées, la porte s’ouvrit brusquement.
— Indigo ! appela Sandra en toquant deux fois. Vite, viens, tout le monde descend !
— Qu’est-ce qu’il y a ?
— Le bal, voyons ! Rappela t-elle en tournoyant dans sa robe à froufrou rouge. C’est notre dernier soir au château, et Mademoiselle Chanel a organisé une grande réception tu l'as oublié ? Tout le monde est attendu dans la salle de bal.
Encore troublée, Ndi Go’o posa lentement le combiné. Elle jeta un dernier regard vers l’appareil, l'angoisse au fond du ventre. Peut-être que ce n’était qu’un simple problème de ligne… Essayait elle de se convaincre.
Elle attrapa son châle posé sur le dossier du fauteuil et rejoignit Sandra.
***
Ndi Go’o avait décidément le mal du monde.
Tout autour d’elle respirait la fête, mais elle se sentait à mille lieues de cette euphorie.
Le château Woolsack ce soir là bourdonnait de l'intérieur. Les couloirs résonnaient de rires cristallins, du froissement des robes en soie, du claquement des souliers vernis sur les parquets cirés. Les domestiques, en livrée impeccablement repassée, couraient de partout, apportant coupes de champagne, plateaux d’amuse-bouches et consignes de dernière minute.
Dans la grande salle de bal, les lustres aux pampilles de cristal jetaient des éclats dorés sur les murs. Ciré à la perfection, le parquet reflétait les silhouettes qui valsaient au son d’un orchestre en costume noir, installé derrière un rideau de velours bordeaux. Les violons mêlaient leur timbre aux flûtes et aux cors dans une harmonie parfaite, emportant les couples de danse dans des tourbillons étourdissants.
Les dames portaient des robes longues, certaines héritées des tendances Art déco avec leurs broderies argentées, d’autres plus classiques, en taffetas ou mousseline. Les hommes, eux, arboraient le smoking ou le frac, cheveux soigneusement plaqués à la brillantine. L’air sentait le parfum capiteux, les bougies à la cire d’abeille, et beaucoup trop de beaux pour être vraies.
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La peau noire
Ficción históricaDans le Paris des années 20, Ndi go'o Mukaté, une jeune femme d'origine camerounaise, rêve de révolutionner le monde de la mode. Avec son talent de couturière et sa vision unique de la mode, elle souhaite mêler l'élégance parisienne à ses racines af...
