Les dessous

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Le silence pesait lourd quand un léger froissement de tissu, suivi d’un grincement discret, fit tressaillir Ndi Go’o. Allongée sur le grand lit, elle entrouvrit les yeux.

Quelque chose l’avait réveillée.

Elle retint son souffle, tendit l’oreille.

Des pas.
Feutrés.
Lents.
Quelqu’un rôdait dans les couloirs.

Sandra dormait profondément sur le lit voisin, une mèche de cheveux en travers du visage. Ndi Go’o hésita, puis, d’un geste mesuré, se leva sans bruit. Pieds nus sur le parquet froid, elle s’approcha de la porte et l’entrouvrit prudemment.

Le couloir était plongé dans la pénombre, seulement éclairé par la lueur tremblotante d’une bougie vacillante au bout du corridor. Une ombre glissa le long du mur et disparut derrière un rideau de velours.

Ndi Go’o se figea.

Yero.

Elle reconnut sa silhouette à sa démarche assurée, à la façon dont il s’arrêta devant la porte de Marie Cléret avant de l’ouvrir lentement. Aucun bruit, aucun mot échangé. Il entra et referma derrière lui.

Un frisson parcourut Ndi Go’o.

Elle se rappela soudain l’insistance presque obsessionnelle de Marie à vouloir une chambre seule. Cette exigence, qui avait fait hausser un sourcil à Vincent, le majordome, et provoquer une moue intriguée chez le reste des couturières.

Et maintenant, en pleine nuit, Yero entrait discrètement dans sa chambre.

Simple liaison clandestine ? Ou bien… quelque chose de plus trouble ?

Une sensation de malaise noua son estomac. L’air semblait plus lourd, chargé d’un secret qu’elle n’était pas sûre de vouloir découvrir.

Elle recula doucement et referma sa porte.

Sandra dormait toujours, paisible, comme si rien d’inhabituel ne se tramait dans les couloirs de ce château.

Ndi Go’o s’allongea, fixant le plafond, incapable de chasser cette scène de son esprit.

Elle le sentait.

Quelque chose était en marche.

Et bientôt, tout allait lui échapper.

***

Ce matin-là avait un goût inhabituel.

Ndi Go’o n’était pas habituée à tant d’égards. Draps soyeux, lumière tamisée filtrant à travers les rideaux épais, un parfum délicat flottant dans l’air… Tout semblait trop parfait, presque irréel.

Deux servantes l’escortèrent jusqu’à une grande baignoire en cuivre remplie d’eau tiède, où flottaient des pétales de roses et des huiles parfumées. L’une d’elles, une femme au teint mat et aux mains expertes, défit lentement le foulard de Ndi Go’o avant de plonger ses doigts dans sa chevelure dense et frisée.

— Oh ! s’exclama-t-elle en écartant doucement une mèche entre ses doigts.

Ndi Go’o releva les yeux. La jeune femme avait des traits asiatiques, étrangement familiers… Les mêmes que ceux de Mano. Elle semblait fascinée par la texture de ses cheveux, les enroulant autour de son doigt avant de les relâcher avec un sourire émerveillé.

— Comme des nuages… souffla-t-elle dans un murmure admiratif.

Une autre servante, accroupie au bord de la baignoire, versa lentement de l’eau sur les épaules de Ndi Go’o, la chaleur enveloppant sa peau. Le parfum des huiles et la douceur du traitement la troublaient presque. Jamais on ne l’avait traitée avec autant de délicatesse.

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