Ndi Go’o se sentait complètement étrangère à ce monde des dîners mondains, aux conversations légères mais lourdes de sous-entendus, et aux apparats de la haute société.
Elle fixait son reflet dans son miroir de fortune, un vieil objet fissuré, rafistolé de bouts de scotch ici et là. C’était tout ce qu’elle pouvait se permettre. Un soupir s’échappa de ses lèvres. Pourquoi Benedicto Boucarré l’avait-il choisie pour l’accompagner chez Lavoyette ? Ce n’était sûrement pas pour son expertise en matière de mondanités, ou pour son charme encore moins.
« Une fois arrivée là-bas, que dirais-je ? Que ferais-je ? » se demanda-t-elle en passant une main hésitante sur son chignon serré. Ses cheveux épais s’étaient rebellés contre ses tentatives de domptage, mais elle avait fini par les attacher, bien que le résultat soit loin de lui plaire.
Elle portait une longue robe en soie beige, bien que légèrement usée, elle l’avait soigneusement préservée depuis sa première communion. C’était le seul vêtement qui lui semblait suffisamment convenable pour paraître présentable ce soir. Un simple ruban beige autour de sa taille soulignait sa silhouette.
Mais les chaussures, ah les chaussures !
Elle avait opté pour ses bottes plates en cuir, déjà un peu abîmées, qu’elle affectionnait tant pour leur confort.
Sa jeune sœur Juma fit irruption à l’embrasure de la porte, une pile de draps dans les bras, un sourire taquin aux lèvres.
— Mais non, tu ne peux pas porter ça, Gogo', dit-elle d’un ton faussement réprobateur. Tu serais tellement plus jolie, plus féminine avec des talons.
Ndi Go’o jeta un regard à ses vieilles bottes.
— Qui a dit que porter des talons rendait féminine ? murmura-t-elle, presque pour elle-même.
Juma haussa les épaules, en s’appuyant contre la porte.
— Non, mais attends. Tu vas à un dîner où il y aura les plus grands créateurs de mode…
— Lavoyette est plus grand des petits créateurs de mode. Certes il est chic et un peu fortuné mais je ne vois pas pourquoi je devrai me mettre sur mon 31 pour aller là bas. D'ailleurs je ne veux surtout pas me faire remarquer.
— Tu pourrais bien rencontrer un homme fortuné, quelqu’un de plus riche encore que Lavoyette et Boucarré. Tu devras bien avoir des armes pour le séduire et, qui sait, te faire une place.
Ndi Go’o se retourna, incrédule, plantant son regard dans celui de sa sœur. Comment une jeune fille de 16 ans pouvait-elle avoir de telles pensées ?
— Quoi ? Ne me regarde pas comme ça. C’est ce qui se passe dans la tête des filles aujourd’hui, déclara Juma avec une fausse candeur.
— Une fille pauvre n’a pas le luxe d'être à la mode, répliqua Ndi Go’o en croisant les bras. Si tu veux des richesses, tu ferais mieux de travailler dur pour les obtenir par toi-même, au lieu de compter sur un homme.
Juma la fixa, un peu désarçonnée, mais reprit rapidement son sourire provocateur.
— Oh, ça va, madame je-sais-tout. C’était juste une blague. Pas de quoi s’énerver.
— J'espère bien, répliqua Ndi Go’o, avant de jeter un coup d’œil aux draps que Juma tenait. Que fais-tu avec tout ça ?
— C’est le dernier week-end du mois. Tu l’as oublié ? Ton frère revient demain, répondit Juma en s’éloignant.
— Il est aussi ton frère, Juma, lança Ndi Go’o en secouant la tête.
— Oui, oui, si on veut, rétorqua Juma d’un ton désinvolte en disparaissant dans le couloir.
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La peau noire
HistoryczneDans le Paris des années 20, Ndi go'o Mukaté, une jeune femme d'origine camerounaise, rêve de révolutionner le monde de la mode. Avec son talent de couturière et sa vision unique de la mode, elle souhaite mêler l'élégance parisienne à ses racines af...
