Lundi matin. Ndi go’o se tenait immobile devant la célèbre boutique de Coco Chanel, rue Cambon. Elle tapait nerveusement du pied droit et inspirait profondément.
Les pavés de la rue luisaient sous la lumière du matin, et elle pouvait sentir un mélange de trac et d’excitation monter en elle.
Ce rendez-vous avec l'une des plus grandes couturières de Paris était une opportunité inespérée. À ses côtés, son fidèle ami Mano, toujours d’un calme rassurant, l’avait accompagnée.
Hier, dimanche, après avoir longuement hésité, elle avait demandé à Benedicto la permission d’être absente ce lundi. À sa grande surprise, il l'avait accordée avec une douceur inhabituelle, presque inquiétante. Cette gentillesse soudaine avait laissé Ndi go’o songeuse.
Devant la boutique, elle observait la porte d'entrée, un mélange de crainte et d'admiration dans le regard. Elle portait un tailleur qu'elle avait cousu elle-même toute la nuit, assemblant habilement des chutes de tissus de couleurs différentes qu’elle avait récupérées dans l'atelier du Boucarré. Une création audacieuse, qui, espérait-elle, attirerait l’attention de Chanel.
— Je ne suis peut-être pas Chanel, mais j'ai ma propre vision, murmura-t-elle en contemplant son reflet dans la vitrine.
Mano, qui l’avait laissée quelques minutes pour acheter des croissants à une boulangerie du coin, revint avec un sac en papier et un grand sourire.
— Tiens, mange avant que ton estomac ne décide de gâcher ton moment de gloire, plaisanta-t-il, lui tendant un croissant chaud.
Ndi go’o, qui avait l'estomac noué, esquissa un sourire reconnaissant. Elle savait que Mano la connaissait trop bien. Lorsqu’elle avait faim, elle pouvait devenir irritable, voire désagréable.
— Promets-moi de ne pas crier sur Coco Chanel si jamais elle te dit un truc qui te déplaît, ajouta-t-il en lui faisant un clin d'œil. Il ne faudrait pas que tu fasses fuir la plus grande couturière de Paris, hein ?
Ils éclatèrent de rire ensemble. Mano avait toujours ce don de désamorcer les moments tendus avec une blague bien placée. Pendant un instant, l'angoisse de Ndi go’o se dissipa. Elle prit une grande inspiration, croqua dans son croissant, puis jeta un dernier coup d'œil à son reflet. Ce n'était pas tous les jours qu'elle se retrouvait face à une opportunité aussi unique. La porte de la maison Chanel se tenait là, à quelques pas, et elle n’avait plus d’autre choix que d’avancer.
— Tu es prête ? demanda Mano, tout sourire.
— Aussi prête que je peux l’être, répondit-elle avec un soupir.
Elle s'avança enfin, la main légèrement tremblante, et poussa la porte de la boutique.
Mano resta à l'extérieur, l'encourageant d’un signe de la main. Il savait que cette rencontre était cruciale pour elle.
À l'intérieur, l'atmosphère feutrée la surprit. Chaque détail respirait la perfection : les tissus soigneusement rangés, les croquis alignés, et ce parfum discret mais envoûtant qui flottait dans l'air.
Le luxe se manifestait absolument partout : des rideaux épais aux meubles élégants. Rien à voir avec l’arrière-boutique poussiéreuse et lugubre du Boucarré.
Une assistante l’accueillit sans un mot de trop et la conduisit dans une petite salle d’attente. Là, Ndi go’o se retrouva seule, observant ses mains nerveusement entrelacées. Chaque minute lui paraissait une éternité. Et si elle échouait ? Et si son travail n’était pas à la hauteur ?
Elle repensait à Benedicto, à son sourire étrange la veille lorsqu'il lui avait accordé la journée. Cela la mettait mal à l’aise, comme s’il attendait quelque chose en retour. Mais pour l’instant, elle devait se concentrer sur Chanel. Elle était ici pour faire ses preuves, pas pour flancher.
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La peau noire
Ficción históricaDans le Paris des années 20, Ndi go'o Mukaté, une jeune femme d'origine camerounaise, rêve de révolutionner le monde de la mode. Avec son talent de couturière et sa vision unique de la mode, elle souhaite mêler l'élégance parisienne à ses racines af...
