Le lendemain matin, Ndi Go’o se réveilla avec une étrange sensation au creux de l’estomac. L’idée que Juma travaille comme bonne d’enfants sans lui en avoir parlé continuait de la hanter. Sa sœur n’était pas du genre à cacher des choses… sauf si elle savait que Ndi Go’o n’approuverait pas.
— Prête ? demanda Ndi Go’o en nouant son foulard devant le miroir.
Juma, déjà vêtue d’une robe simple et d’un tablier beige, hocha la tête, visiblement peu enthousiaste.
— Je te préviens, ils sont un peu stricts, alors sois discrète, d’accord ?
— C’est ce qu’on va voir… murmura Ndi Go’o, une pointe de méfiance dans la voix.
Le trajet se fit en silence. Plus elles avançaient, plus les rues s’élargissaient, bordées de maisons imposantes aux jardins soigneusement entretenus. Ndi Go’o sentit un léger malaise la gagner. Ce quartier était trop propre, trop silencieux. Elles n’étaient plus chez elles.
Elles s’arrêtèrent enfin devant une villa blanche, haute et austère, entourée d’une grille en fer forgé. Juma ouvrit le portail d’un geste familier. Sur le perron, une femme mince les attendait, vêtue d’un tailleur impeccable. Ndi Go’o sentit son regard gris la détailler avec une curiosité froide.
— Vous êtes en retard, Juma.
Le ton n’était ni dur ni chaleureux. Juste une constatation sèche.
— Désolée, madame. J’ai amené ma sœur, elle voulait voir où je travaille.
Un sourcil se haussa légèrement.
— Oh ? Un instant de silence, puis une main gantée se tendit. Madame De Beaux-Bourges.
Ndi Go’o serra la main tendue, notant sa fermeté.
— Moi de même, répondit-elle avec un sourire poli.
Un bruit de pas pressés les interrompit. La porte s’ouvrit brusquement, et un petit garçon blond d’environ cinq ans surgit.
— Juma !
Il courut se jeter dans les bras de sa nourrice, qui s’accroupit aussitôt pour l’accueillir. Son visage s’éclaira d’un sourire sincère, et Ndi Go’o sentit son cœur se détendre légèrement.
Madame De Beaux-Bourges observa la scène, un sourire discret effleurant ses lèvres.
— Je vois que mon fils vous apprécie.
L’espace d’un instant, son ton parut plus doux, presque humain.
— Allez dans la salle de jeux, je dois parler à votre sœur.
Juma hésita avant d’obéir, guidant le garçon vers l’intérieur. Dès qu’elle eut disparu, le regard de Madame De Beaux-Bourges redevint impénétrable.
— Je suppose que vous êtes ici pour vous assurer que votre sœur est bien traitée ?
— Disons que je suis curieuse de savoir pourquoi elle ne m’en a jamais parlé.
Un sourire en coin étira les lèvres fines de la dame.
— Peut-être parce qu’elle sait que les jeunes filles de votre quartier ont peu de chances d’obtenir un emploi stable.
Ndi Go’o sentit son estomac se contracter.
— Les gens comme nous, c’est ça ?
— Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, répondit Madame De Beaux-Bourges avec une politesse feinte. Nous avons des standards élevés ici. Mais Juma est une exception.
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La peau noire
Historical FictionDans le Paris des années 20, Ndi go'o Mukaté, une jeune femme d'origine camerounaise, rêve de révolutionner le monde de la mode. Avec son talent de couturière et sa vision unique de la mode, elle souhaite mêler l'élégance parisienne à ses racines af...
