Lavoyette descendit de sa Ford Renault Type EU blanche et réajusta soigneusement son large chapeau noir. Il dissimulait encore plus ses cheveux argentés, soigneusement plaqués en arrière.
L'homme observa la rue d'un regard rapide, ses yeux masqués sous l'ombre de son chapeau. Sa bouche, seule partie visible de son visage, laissait échapper un filet de fumée bleutée provenant de son cigare en bois rouge.
Il ajusta son long manteau noir, bien serré autour de lui, et agrippa sa canne en fer blanc avec un port altier qui trahissait une certaine nervosité.
D’un pas feutré, il longea la rue, veillant à ne pas attirer l’attention, comme un homme qui aurait quelque chose à cacher. Il quitta rapidement l’artère principale pour s’engager dans une rue secondaire, un passage discret menant vers les bas-fonds de Montmartre.
Les ruelles de ce quartier semblaient suspendues hors du temps, plongées dans une obscurité que seules quelques lanternes vacillantes perçaient timidement.
Lavoyette s'y enfonçait sans réfléchir.
Les pavés inégaux, étaient témoins du passage d’innombrables charrettes et de pas précipités.
De chaque côté, des façades délabrées s’élevaient haut vers le ciel, leurs murs craquelés, noircis par la fumée, la pisse et les années.
Les fenêtres étaient presque toutes closes, protégées par des volets écaillés, comme pour se cacher des regards indiscrets.
Ici et là, des affiches défraîchies tapissaient les murs. Un parfum lourd d’humidité flottait dans l’air, mêlé à des relents de vin bon marché et de tabac. Des murmures étouffés s’échappaient des coins sombres, où des silhouettes se dessinaient brièvement avant de disparaître dans l'ombre. Quelques lanternes grésillantes projetaient une lueur vacillante, qui dessinait des ombres allongées et inquiétantes sur les murs.
C’était un lieu qui respirait la discrétion, un havre pour ceux qui cherchaient à se fondre dans l’anonymat des bas-fonds. Montmartre, en ce coin oublié, semblait encore plus mystérieux, comme si le temps s’y était figé.
Lavoyette s’arrêta devant une vieille bâtisse, dont la façade éclairée d’un rouge profond, comme une étrange balise dans l’obscurité des ruelles.
Lentement, il tira une feuille blanche et un stylo à plume de sa poche, imprégnant la pointe d’encre. D’une main précise, il griffonna quelques mots furtifs sur le papier. Puis, sans un bruit, il glissa la feuille sous la porte, se redressa et attendit.
Tandis que les secondes s’égrenaient, Lavoyette ralluma son cigare et expira des volutes de fumée. Son regard, presque distrait, se posa sur un chat en porcelaine posé sur une étagère à pots de fleurs, accrochée devant la porte. Amusé, il entreprit de compter les points noirs décorant le petit félin figé. Au dix-septième point, un bruit de froissement attira son attention. La feuille venait de refaire son apparition, ornée cette fois d’une écriture grossière, tracée d’une encre rouge, presque macabre.
Il ramassa le papier, ajouta quelques mots de plus et le fit glisser sous la porte à nouveau. L’attente reprit. Au quarantième point compté, la feuille ne réapparut plus. En revanche, la porte s’entrouvrit, laissant échapper un rayon rougeoyant. Après un coup d’œil furtif aux alentours, pour s’assurer que personne ne l’observait, il entra.
La porte se referma derrière lui d’un coup sec, l’enfermant dans un monde baigné de rouge.
Lavoyette s’apprêtait à rencontrer la mystérieuse chamane dont il avait tant entendu parler. Il savait dans les rumeurs, qu'elle s'appelait Ozaguerra et qu'elle était néo-zélandaise. Il savait aussi que sa réputation était aussi sulfureuse que les promesses qu’elle offrait. On lui avait dit que bons nombres de riches passaient chez elle pour obtenir la fortune, la gloire et la beauté.
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La peau noire
Historical FictionDans le Paris des années 20, Ndi go'o Mukaté, une jeune femme d'origine camerounaise, rêve de révolutionner le monde de la mode. Avec son talent de couturière et sa vision unique de la mode, elle souhaite mêler l'élégance parisienne à ses racines af...
