Le train ralentit dans un long crissement de métal avant de s’immobiliser dans un souffle de vapeur. Ndi Go’o et Sandra descendirent sur le quai poussiéreux. L’odeur du sel et de la résine flottait dans l’air, plus brute et plus forte que tout ce que Ndi Go’o avait connu à Paris. Instinctivement, elle inspira profondément, mais cette nouvelle senteur lui laissa une étrange sensation dans la poitrine.
— J’ai bien cru qu’on n’arriverait jamais… maugréa-t-elle en étirant son dos endolori.
— 8… 9… 10…, compta Sandra, les yeux rivés sur un vieux bout de journal encore maculé d’huile.
Ndi Go’o haussa un sourcil.
— Dix heures de route, précisa Sandra d’un ton satisfait.
— Tu as vraiment compté ?
— Oui ! Grâce à la montre du monsieur aux lunettes noires, là, sur la rangée à côté. Il regardait l’heure à chaque arrêt, expliqua-t-elle en exhibant fièrement ses grandes dents de lapin.
Ndi esquissa un sourire. Sandra était décidément vive et débrouillarde. Elle rajusta son foulard et balaya du regard le quai, observant les porteurs chargés de valises, les passagers qui retrouvaient des proches, les employés du train qui s’affairaient autour de la locomotive.
Puis, une voix familière lui fit tourner la tête.
— Alors, est-ce moi ou tu me suis partout ?
Son estomac se noua instantanément et son cœur se serra d’agacement.
Yero.
Qu’est-ce qu’il faisait ici ?
— Tiens donc, lança-t-il avec son éternel sourire narquois. Que le monde est petit !
Ndi Go’o haussa un sourcil. L’audace de cet homme l’exaspérait.
— Rêve toujours, répondit-elle froidement.
Yero rit, mais elle n’était pas d’humeur à plaisanter. Sandra, quant à elle, observa l’échange en silence, curieuse.
Avant que Ndi Go’o ne puisse ajouter quoi que ce soit, une voix familière l’interpella.
— Mademoiselle Indigo !
Elle se retourna pour voir Sébastien, l’un des commis de la maison Chanel. Elle le connaissait bien : toujours impeccable dans son costume, un sourire poli vissé sur les lèvres.
— Mademoiselle Chanel m’envoie vous chercher, annonça-t-il en s’inclinant légèrement.
Sans un regard de plus pour Yero, Ndi Go’o prit Sandra par le bras et suivit Sébastien hors du quai. Une calèche les attendait à l’extérieur, prête à les mener jusqu’au «château de Woolsack».
C’était la destination inscrite sur le petit bout de papier froissé que Ndi Go’o tenait précieusement au creux de sa main, comme un trésor.
— Eh… et moi alors ? lança Yero d’un ton faussement indigné. Après tout, je suis aussi un employé de Coco.
Ndi Go’o le fixa, sceptique.
— Tiens donc… Je ne savais pas qu’elle t’avait repris.
Yero se contenta de sourire et ouvrit la portière de la calèche, lui faisant signe de se pousser. À contrecœur, Ndi Go’o obéit, marmonnant entre ses dents des paroles inaudibles. Sandra, silencieuse jusqu’ici, les observait avec amusement.
— Vous êtes drôles, tous les deux. On dirait un vieux couple de grincheux.
Ndi Go’o écarquilla les yeux d’horreur et foudroya Yero du regard.
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La peau noire
Historical FictionDans le Paris des années 20, Ndi go'o Mukaté, une jeune femme d'origine camerounaise, rêve de révolutionner le monde de la mode. Avec son talent de couturière et sa vision unique de la mode, elle souhaite mêler l'élégance parisienne à ses racines af...
