Les mains liées 1

48 7 3
                                        

Mano se tenait impuissant devant la maison du numéro 340. Il ne pouvait qu'observer Indigo se faire emmener comme une vulgaire criminelle.

Il avait voulu intervenir lorsqu'ils l'avaient brutalement jetée sur les marches de la véranda, mais deux policiers l'avaient violemment maîtrisé, leurs poings s'abattant sur son visage, ses côtes, et peut-être même son dos. Il ne savait plus, tellement ils l'avaient tourné et retourné comme un simple sac de paille. Juma, en larmes, faisait de son mieux pour soulager le jeune homme, appliquant un linge rempli de glace sur ses blessures.

Si seulement Indigo l'avait écouté, elle serait probablement dans un train à cette heure-ci, loin de tout ça. Pourquoi avait-elle accepté de se laisser accuser pour un crime qu'elle n'avait pas commis? Mano en était certain Indigo n'était pas capable de tuer. Il avait plus confiance en elle qu'en lui-même. Alors pourquoi cette décision? Que cherchait-elle à faire ? Il ne comprenait pas. Il ne la comprenait plus.

- Juma, ne t'inquiète pas, murmura Indigo, essoufflée, sa voix tremblante mais étrangement calme. Tout va bien se passer, je reviendrai. Mano? Mano... prends soin de... prends soin de ma sœur, s'il te plaît... Mano!

Les agents menottèrent Ndi Go'o, ignorant les regards curieux des quelques voisins qui osaient entrebâiller leurs fenetres. Une voiture démarra, emportant Indigo. Mano ne pouvait pas la regarder. Il baissa la tête, incapable de contenir les larmes qui montaient déjà, brouillant sa vue. Il n'avait jamais ressenti une telle impuissance.

Tout le quartier de la Madeleine en parlait déjà.

Une femme avait été tuée.
Une criminelle, une Noire paraît-il, avait été arrêtée à l'aube.
On félicitait la police pour sa rapidité :

- Voilà une justice efficace, comme il nous en faudrait dans ce pays !

Dans son bureau, l'officier Ravagne posa un sac rempli de pièces sur la table.
Francine s'en empara aussitôt, ses yeux méfiants scrutant le vieil homme.

- Combien y a-t-il ? demanda-t-elle d'un ton sec.

- Cinquante.

Francine soupira, passant une main agacée dans ses cheveux courts.

- On avait dit soixante, Ravagne. Tu ne peux pas me donner un travail à faire dans un délai aussi court pour cinquante misérables pièces ! Je commence à en avoir assez de tes tarifs ridicules !

Ravagne s'enfonça lourdement dans sa chaise, l'air las.

- Écoute-moi bien, jeune fille, dit-il en allumant sa pipe, tirant une bouffée lente. Je te paye déjà bien en te laissant en liberté. Tu sais très bien que le vol est un délit. Si je t'épargne la prison à chaque fois, c'est uniquement parce que tu es douée pour l'espionnage et que tu m'es utile.

Francine esquissa un sourire amer, croisant les bras.

- Et comme ça, tout le mérite revient au grand officier Ravagne, celui à qui aucun criminel n'échappe... Si seulement les gens savaient. Sa voix s'éleva, provocante.

- Parle plus bas, idiote ! siffla Ravagne, les yeux plissés.

- Quoi, tu as peur ? Peur que les gens découvrent que derrière le grand Ravagne se cache Francine, la voleuse ? lança-t-elle, moqueuse.

Ravagne serra les dents, visiblement agacé mais se contenant.

- Si je ne te connaissais pas depuis que tu es gamine, crois-moi, je t'aurais déjà remise à ta place, Frans. Il poussa un soupir avant de sortir dix pièces de sa poche.

- Tiens, voilà les dix manquantes. Maintenant, dégage.

Un sourire narquois éclaira le visage de Francine.

La peau noire Des histoires addictives. Découvrez maintenant