Voix d'outre-tombe

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S'il savaient qui m'a tuée...

La chapelle était sombre, éclairée uniquement par la lumière vacillante des bougies. Les murs suintaient d’humidité, et l’air portait une lourde odeur d’encens. Autour du cercueil, une assemblée réduite chuchotait des prières mécaniques. La plupart étaient là par obligation, pas par affection. Lonra, même morte, le savait.

"On m’a enterrée dans un cercueil de pauvre, alors que l’enquête n’était même pas terminée," murmura son esprit, planant au-dessus des convives. "Ils disent qu’ils ont toutes les preuves nécessaires. Moi, je dis qu’ils veulent juste en finir avec moi, même dans la mort."

Elle détailla le cercueil où reposait son corps : un bois clair, presque blanc, qu’on aurait dit récupéré d’un marché de seconde main. Elle grogna intérieurement. Si seulement elle avait encore une voix pour râler... Mais non, tout ce qu’elle pouvait faire, c’était rôder là, captive d’un entre-deux qu’elle ne comprenait pas encore.

Elle flottait au-dessus de sa propre dépouille, observant les visages de ceux qu’elle avait croisés de son vivant. Chaque expression, chaque murmure, déclenchait en elle une cascade de jugements.

Camille, sa fille, était absente.

"Évidemment. Comment aurait-elle pu venir affronter son crime ? Petite ingrate. Elle pense que me poignarder avec ma paire de ciseaux préférée effacera mes péchés, mais tout ce qu’elle a fait, c’est se condamner elle-même."

Son regard se posa sur Ndi Go’o, silencieuse au fond de la salle aux côtés de Lavoyette. "Oh, cette Indigo. Même maintenant, elle doit espérer que je sois brûlée en enfer. Elle n’a jamais supporté que je la méprise, qu’elle soit mon souffre-douleur à cause de sa peau sombre. Peut-être que j’étais injuste, mais que pouvait-elle attendre de moi ? La vie n’a jamais été juste avec personne."

Elle s’attarda sur Sandra, belle et éthérée, une beauté presque insolente. "Regarde-moi cette bâtarde. À peine orpheline et déjà plus jolie que n’importe qui dans cette pièce. Dieu a toujours distribué ses dons avec un cruel sens de l’ironie."

Juste à côté de l'orpheline, elle remarqua Josepha, droite comme un piquet, les mains jointes dans une prière austère. "Madame la vertu... Toujours si parfaite, si incorruptible. Une femme comme elle ne comprendra jamais ce que c’est de se salir les mains pour survivre. Si elle savait ce que j’ai dû faire, elle prierait moins pour mon âme et plus pour la sienne."

Mais ce qui la hantait le plus, c’était ses souvenirs. Son esprit errait jusqu’à Boucarré, son ancien employeur. "Cet homme... Avec sa maigre fortune et son arrogance. Je me suis usée pour ses affaires, vendue à ses caprices, et pour quoi ? Un salaire de misère et un licenciement injuste "

Lonra soupira intérieurement, même dans la mort. "Et Camille... Oui, je t’ai vendue. Mais que voulais-tu que je fasse ? Le monde est cruel, et l’argent était tout ce que je pouvais obtenir. Et toi, avec ton visage d’ange, tu étais ma monnaie d’échange. Je devais survivre, coûte que coûte."

Les prières s’intensifièrent alors que le prêtre s’avançait pour bénir le cercueil. Lonra sentit son esprit vaciller, ses pensées devenir floues. "Alors c’est ça, la fin ? Une existence marquée par la survie, et je ne pars qu’avec des regrets. Mais je ne m’excuserai pas. Que les vivants règlent leurs comptes entre eux."

Au moment où les premières pelletées de terre touchèrent son cercueil, une dernière pensée jaillit : "Ils ne se souviendront pas de moi comme une victime ou une sainte. Mais peut-être, juste peut-être, comme une survivante."

Dans son dernier souffle de conscience, un dernier jugement s’éteignit, une ultime pensée pour tous ceux qui l’avaient jugée :

J’espère ne jamais vous revoir.
Bande d’humains insignifiants...

Mwahhh!

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