Quelques jours plus tard...
— Crois-tu que nous découvrirons un jour qui l’a tuée ? demanda Ndi Go’o en jetant un regard pensif à Mano.
Le silence s’installa un instant, troublé seulement par le bruissement des feuilles au-dessus de leurs têtes. Ils étaient assis sur un banc en bois usé, à l’écart du chemin principal, là où personne ne viendrait les interrompre.
Mano baissa les yeux, jouant avec un caillou du bout de sa chaussure.
— Honnêtement… Je n’en sais rien. C’est quand même bizarre qu’ils aient décidé de classer l’affaire si vite. À ton avis, c’est parce qu’ils n’avaient pas assez de preuves ?
Ndi Go’o esquissa un sourire énigmatique, son regard fixé sur un point invisible.
— Je ne crois pas, non… Heureusement, cette affaire est derrière nous maintenant. Si seulement les morts pouvaient parler… Lonra aurait pu nous dire ce qu'il s'est passé.
Mano la dévisagea, cherchant à lire entre les lignes de son ton détaché, mais il changea rapidement de sujet.
— Quand reprends-tu chez Chanel ?
Elle haussa les épaules, comme si la question l’embarrassait.
— Demain. Elle a demandé à me voir dans son bureau. Je ne suis pas sûre qu’elle veuille encore de moi après cette affaire. Tu sais comment les gens aiment coller des étiquettes...
Mano fronça les sourcils.
— Pourquoi elle ne voudrait plus de toi ? Tu n’as rien fait de mal.
Un soupir s’échappa des lèvres de Ndi Go’o. Elle ramena ses mains sur ses genoux, les serrant légèrement.
— Peut-être… Mais je préfère me préparer à toutes les éventualités. Et puis il y a Madame Devrière… Elle marqua une pause, son visage se durcissant légèrement.
— Je n’ose même pas imaginer ce qu’elle dira.
Mano esquissa un sourire amusé.
— Depuis quand as-tu peur de ce que les autres pensent de toi ?
Elle se redressa, feignant l’assurance.
— Je n’ai pas peur. Je suis juste réaliste.
Mano ne répondit pas, mais il n’en pensait pas moins. Il connaissait Ndi Go’o depuis trop longtemps pour être dupe. Elle prétendait ne pas avoir peur, mais ses gestes la trahissaient : ses mains crispées, ses regards fuyants, et ce soupir qui semblait lourd.
Alors qu’ils se levaient pour reprendre leur marche, Mano jeta un dernier coup d’œil vers le chemin désert.
— Cette histoire n’est peut-être pas aussi derrière nous que tu le penses, Indigo… murmura-t-il, à peine audible.
Elle ne répondit pas, mais un frisson parcourut son échine.
Était-ce le vent ?
Ou peut-être… autre chose ?
***
Ndi Go’o hésita un instant avant de frapper à la porte de l'appartement de Coco Chanel. La tension qu'elle ressentait n'était pas liée à son éventuel renvoi, mais à l'idée d'affronter quelqu'un dont elle admirait à la fois la rigueur et l’élégance.
Après un léger bruit de pas, la porte s’ouvrit, révélant Coco Chanel, enveloppée dans une serviette blanche, ses cheveux encore mouillés et un biscuit à la main. La vision déstabilisa Ndi Go’o. Elle ne s’attendait pas à voir la célèbre créatrice dans une telle simplicité.
— Ah, Ndi Go’o ! Vous êtes ponctuelle, dit Coco avec un sourire en croquant dans son biscuit. Entrez.
L’appartement était lumineux. Une odeur de parfum subtil flottait dans l’air, se mêlant à celle du thé qui semblait avoir été fraîchement préparé.
— Vous m'excuserez, je viens de sortir du bain, dit Coco en jetant un regard amusé à la tenue de Ndi Go’o. Asseyez-vous, je vous rejoins dans un instant.
Ndi Go’o obéit et s’installa sur une chaise près d’une table basse chargée de magazines, d’échantillons de tissus et de croquis. Elle observa les lieux, toujours aussi impressionnée mais mal à l’aise, ne sachant comment entamer la conversation.
Coco revint quelques minutes plus tard, vêtue d’un kimono en soie noire, un air détendu sur le visage.
— Alors, commençons, dit-elle en s’asseyant face à Ndi Go’o. Je ne vous cacherai pas que j’ai été préoccupée par les récents événements...
— Je comprends, Madame, répondit Ndi Go’o. Je veux vous assurer que je ferai tout pour...
Coco leva une main pour l’interrompre, un sourire énigmatique aux lèvres.
— Ce n’est pas votre compétence que je remets en question, ma chère. Vous êtes l’une des rares à avoir un sens du détail qui m’impressionne. Non, ce que je veux savoir, c’est comment cette expérience vous a changée.
Ndi Go’o resta sans voix. Elle n’avait pas prévu cette question.
— Je... Je crois que... ça m’a rendue plus prudente, finit-elle par dire. Plus consciente des regards et des jugements des autres.
Coco hocha la tête, l’air pensive.
— Bien. La prudence est une qualité précieuse dans notre milieu, mais n’oubliez pas : il faut aussi savoir imposer son audace. Cette affaire est derrière vous, n’est-ce pas ?
Ndi Go’o hocha la tête, bien qu’une part d’elle doutait que ce soit vraiment le cas.
— Parfait, dit Coco avec un sourire plus doux. Et justement, pour laisser tout cela derrière nous, j’ai une proposition. Madame Devrière, quelques couturières et moi-même avons décidé de partir quelques jours à Mimizan. Une escapade pour se ressourcer. J’aimerais que vous vous joigniez à nous.
Ndi Go’o cligna des yeux, surprise.
— À Mimizan ? Vous voulez dire... En vacances ?
— Exactement. Nous avons besoin d’air frais et de moments légers. Prenez cela comme une occasion de retrouver votre sérénité et, qui sait, peut-être de vous inspirer. Vous pouvez amener une personne avec vous, si cela vous aide à vous sentir plus à l’aise. Alors, êtes-vous prête à relever ce défi un peu particulier ?
Ndi Go’o resta un instant silencieuse, hésitant entre la surprise et l’excitation.
— Oui, Madame, finit-elle par répondre avec un sourire timide.
— Parfait, dit Coco en lui tendant un carnet. Voici l’adresse où nous logerons. Préparez vos affaires et soyez prête à nous rejoindre dans deux jours. Et prenez un biscuit avant de partir, ajouta-t-elle avec un clin d’œil.
Ndi Go’o sourit malgré elle. Derrière la réputation quelque peu austère de Coco Chanel, elle découvrait une femme à la fois exigeante, étrange et, à cet instant précis, étonnamment généreuse.
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La peau noire
Fiksi SejarahDans le Paris des années 20, Ndi go'o Mukaté, une jeune femme d'origine camerounaise, rêve de révolutionner le monde de la mode. Avec son talent de couturière et sa vision unique de la mode, elle souhaite mêler l'élégance parisienne à ses racines af...
