53. le Prank

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C'est moi qui part.

Lui avait écrit James. Et, quand Regulus était retourné à l'appartement, il avait en effet découvert leurs chambre vide. Plus de James, plus d'affaires. Rangée. Étrangère. 

Dire que le jeune homme se sentait trahi était un euphémisme. Il avait l'impression que, d'une façon ou d'une autre, tout ce qu'il aimait chez James était faux. Il était tombé amoureux en partie de sa tolérance, sa capacité à sourire à tous∙tes, à ne pas le juger, l'accepter comme il était... mais ces qualités avaient-elles vraiment un sens quand la personne qui les possédaient harcelait continuellement les autres ? 

La séparation, pourtant, lui faisait plus mal que jamais. Parce que cette fois il était certain d'avoir perdu l'homme qu'il aimait, et pour de bon. Il savait que les choses ne s'arrangeraient pas avec une conversation ; la conversation était passée et elle n'avait fait qu'envenimer les choses. 

Regulus aurait voulu le rayer de sa vie, mais pourtant il continuait de l'aimer. 

Il n'arrivait pas à se concentrer sur ce qu'il avait fait de mal quand leurs beaux instants se rejouaient dans sa tête. Il avait du mal à croire que la personne responsable des petits papillons dans son ventre était aussi celle qui avait outé Bellatrix, harcelé Peter et Severus. 

James avait été si bon avec lui. 

Était-ce lui qui avait connu le vrai James, ou les autres ? Quelle version était la bonne ?

Rien qu'en visualisant ce qui pourrait arriver à Bellatrix, il ressentait un élan d'empathie qu'il n'avait pas eu pour elle depuis longtemps. Et se dire que c'était de la faute de celui qu'il aimait le rendait fou. 

L'amour qu'il ressentait le poussait à se ranger du coté de son petit-ami, le reste de sa vie l'attirait vers l'inverse.

Il avait connu cette violence déguisée en amour. Il les avait connu, les sourires de sa mère, fière, à le faire redouter quand ils disparaissaient. À certains moments de sa vie, il n'avait vécu que pour ces sourires, persuadé qu'il n'avait de valeur que quand il les avait. Et même si elle faisait du mal à lui-même ou à d'autres - si elle maltraitait Sirius ou humiliait le majordome - il savait effacer lui pardonner, tout effacer, se dire qu'ils l'avait mérité ou que ça n'arriverait plus. Ça arrivait toujours. 

S'il se laissait retomber dans les bras de James, la chaine reprendrait peut-être. Peut-être serait-il le prochain ?


En pleine ambivalence, une envie de se laisser couler avait re-débarquée. Envie de recommencer à se détruire, puisque c'était ce que tout le monde voulait, visiblement. Lui enlever ce qui avait jamais compté. 

Ce serait si facile de vouloir mourir à nouveau. 

Mais non. 

Il s'efforçait de quitter une boucle, ce n'était pas pour plonger dans une autre. 

Je les laisserais pas gagner. J'ai perdu assez de temps. Je n'ai pas besoin de James. En vous écoutant je finirais par replonger dans tous mes troubles en plus d'avoir perdu l'homme que j'aimais. 


Alors il continua à se lever, à aller à la librairie, à l'université, à manger, à dormir, à lire... Il continua même seul les balades achevées avec James, Sirius ou Mary. 

« Tout le monde finit par me décevoir, mais moi je ne me décevrais pas. Je veux aller jusqu'au bout. J'ai pas accompli tout ça, je ne me suis pas battu toute ma vie, essayant de rester là et d'être bien dans ma peau pour laisser un obstacle me l'enlever. Il y aura d'autres James. se disait-il. 

I HATE GROWING UPOù les histoires vivent. Découvrez maintenant