Tw : mention de transphobie + beaucoup de discussions autour des TCA et de la grossophobie parce que c'était soit extérioriser ici soit poignarder un membre de ma famille :)
C'était stupide d'avoir peur de laisser James seul avant de partir au travail, se persuadait Regulus. James était adulte et indépendant.
Ils avaient été séparés pendant des semaines et il ne lui était rien arrivé, après tout. Ou du moins, depuis son retour, le plus jeune n'avait pas vu de nouvelles cicatrices, pas remarqué de comportements autodestructeurs.
Mais qui pouvait lui assurer que ça n'arriverait pas ?
Il espérait que Sirius surveillait James de loin. Il n'osait pas rester chez lui ou envoyer des messages, de peur d'être étouffant. Il savait qu'une personne trop présente pouvait empirer les choses (à l'hôpital, l'une des filles avait des parents trop couveurs, sans cesse sur son dos. Iels étaient bien trop investi∙es dans sa guérison. Ça lui avait fait plus de mal que de bien).
Alors Regulus refoulait son inquiétude. Son esprit débordant déjà de ses propres problèmes, il n'y avait plus beaucoup de place. Il fallait qu'il parle à quelqu'un.
Madame Maxime n'avait pas donné de date pour le prochain rendez-vous. Ou plutôt, il avait dit qu'il la rappellerait après qu'elle ait voulu "se pencher sur ce qui lui déplaisait dans le féminin pour qu'il essaye de le fuir par tout les moyens au lieu d'accepter sa nature". Il n'avait pas l'intention de la rappeler. C'était souvent le même problème avec les médecins.
Il s'était penché sur l'écriture, à court d'interlocuteur∙ices. Il savait que ça marchait plutôt bien.
En une nuit, il avait rempli plusieurs pages narrant l'histoire d'une jeune fille trans s'extirpant d'une famille à priori saine, qui se révélait abusive. Sans même se rendre compte des similitudes avec sa vie. Quand il avait relu le premier jet, il avait compris à quelle point ses pensées étaient les siennes et il n'avait plus osé continuer.
J'en peux plus de ce climat genré : les filles d'un coté, les garçons de l'autre. Je vais où ? Ils me font étouffer. Je suis gros∙se, ni belle ni beau, et quand j'essaie de réagir on me dit toujours que j'ai tort. On me reproche de ne pas parler jusqu'à ce qu'on se rende compte qu'en fait on ne voulait pas de mon opinion. J'en peux plus. De jouer le rôle pour qu'ils m'aiment bien. De passer l'été dans un corps qui ne ressemble même plus au mien pour leurs plaire. Pour espérer qu'ils m'accorderont l'amour dont j'ai besoin seulement si je leurs ressemble.
Sans clients en vue, Regulus relisait distraitement cette fin de chapitre, lui trouvant de nouveaux défauts à chaque lignes. Mary le sortit de là en l'interpellant.
« On mange ensemble ce midi ? proposa-t-elle.
Il regretta un instant d'avoir parlé de ses troubles alimentaires à la jeune fille. De ne pas pouvoir dire qu'il n'avait pas faim, mal au ventre, déjà mangé... D'un autre coté il savait que celui qu'il espérait être un jour (le Regulus guéri), serait fier de lui s'il ne sautait pas un repas de plus. Après tout, il adorait déjeuner avec Mary, il adorait lui parler, et la nourriture lui donnait l'énergie de faire tout ce qu'il aimait. Mais, juste pour un moment, juste une fois, il aurait préféré se détruire.
Il envisageait déjà plusieurs techniques, repassant toutes celles qu'il avait utilisée au cours de sa vie pour que son amie ne remarque pas s'il n'avalait rien. Mais il ne fallait pas.
Tu ne peux pas ruiner tout ce que tu as. Cette vie dont tu n'aurais même pas osé rêvé il y a deux ans. Tu es inquiet pour James ? Imagines comme il serait inquiet pour toi ! Tu lui a promis de ne pas t'oublier.
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I HATE GROWING UP
FanfictionAprès une année de prépa difficile, James rentre dans une école où il ne trouve pas sa place. Regulus, de son coté, débarque sans le savoir au même endroit et s'autorise à être lui-même pour la première fois. Du moins jusqu'à ce qu'ils se croisent. ...
