47. Silence

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Tw : mention d'automutilation, de racisme et de validisme

Je sais que je devrais écrire quelque chose de plus joyeux mais je suis en train de lire un magnifique livre affreusement déprimant (A Little Life/Une vie comme les autres, merci Felix Felicis pour celleux qui auront la ref) qui m'inspire beaucoup trop.

Alors bon courage et bonne lecture ! 

Les heures de travail passaient à une lenteur impressionnante. Une lenteur que James n'avait pas ressentie depuis son enfance - lorsque, à la sortie de l'école, sa mère parlait à une connaissance pendant ce qui, dans son esprit d'enfant, semblait être des heures. Les moments de libertés, les week-ends, en revanche, semblaient s'évaporer avant qu'ils n'aient le temps de commencer. Ça le rendait particulièrement euphorique quand ils arrivaient, certes, mais ça faisait aussi fluctuer son humeur. C'était brutal. 

Avide de voir autre chose que l'écran du logiciel de montage, il s'était mit à sortir avec chaque personne qu'il connaissait. Au moindre prétexte, il s'invitait à une soirée chez Dorcas, allait au cinéma avec Sirius ou faisait des balades interminables avec Regulus. 

Il n'avouerait jamais que cette dernière activité était celle qu'il préférait. Les soirs où ils marchaient ensemble comme un vieux couple, Regulus lui racontant le dernier livre qu'il avait lu et s'arrêtant pour observer dès qu'il y avait un cours d'eau. 

Il adorait l'eau. Il adorait regarder les rivières, les fontaines et sans doute la mer. En se rappelant qu'il avait manqué d'y mourir, James s'en était beaucoup inquiété. Au départ. Mais Regulus avait finit par lui dire que ce n'était pas dans ce sens là ; il n'avait pas sauté d'un pont puis aimé l'eau. Il avait décidé de mourir comme ça parce qu'il aimait être dans l'eau et qu'il trouvait que c'était une belle façon de finir sa vie. James trouvait ça morbide et veillait à se tenir toujours proche de son petit-ami quand une étendue d'eau était trop menaçante. Il comprenait cependant. Il comprenait toujours les étranges rapports à la mort et au danger des uns et des autres. Lui aussi aimait jouer avec. 


« Il est pas jaloux, ton copain ? demanda Dorcas au bout de la cinquième soirée à laquelle Regulus ne venait pas. 

C'était une grande soirée avec une bonne playlist. Des dizaines de personnes qu'il ne connaissait pas faisait le genre de trucs qu'on fait à des soirées mais lui avait préféré s'isoler pour refaire le monde dans un coin entre Lily, Dorcas et Marlène. 

- Franchement je crois que même si je le trompais devant ses yeux il en aurait rien à faire. 

Il ne savait cela-dit pas si cela venait du fait que Regulus se persuadait par intermittence qu'il n'était pas assez bien pour James (en le poussant presque parfois à aller voir ailleurs, ce qui était déconcertant), ou du fait que Regulus n'accordait réellement pas d'importance à la jalousie et à la tromperie. Sans doute un mélange compliqué des deux. De toutes façons, James n'avait jamais eu l'intention de tromper Regulus. 

- De toutes manières, il aime pas les soirées, avait-dit Marlène. Il est pas genre... asperger ou un truc comme ça ? 

James, qui étudiait en secret la santé mentale à des heures improbables de la nuit, sentit ses poils se hérisser à l'entente de ce mot. Tous les arguments à base de "c'est un nazi qui a inventé ce terme" et "c'est pour séparer les 'bon autistes' des 'mauvais autistes'" lui revenaient. 

Il était souvent surpris de la façon dont, même dans des milieux 'progressistes', avec des filles lesbiennes en études de cinéma, son entourage pouvait être peu informé sur certains sujet de société. Ce n'était pas la première fois qu'il entendait des remarques à la limite du validisme, de la grossophobie ou même de l'homophobie de la part de ses amies. Elles ne le faisaient pas exprès et ne cherchaient pas à être insultantes, mais ça se faisait toujours une place dans les conversations. 

I HATE GROWING UPOù les histoires vivent. Découvrez maintenant