Il l'a fait.
Je ne l'en croyais pas capable, mais il l'a vraiment fait. Il a révélé son enregistrement. Tooru a osé, il m'a déclaré la guerre, comme ça, en toute impunité. Pourquoi ? Parce que je viens enfin de réaliser mon rêve de devenir le numéro un de toute la fédération de volleyball après mon élection au poste de président ? Parce qu'il sait qu'il quitte San Juan pour l'Italie dans deux semaines, et se sent pousser des ailes maintenant qu'il se croit hors de ma portée ?
Quoiqu'il en soit, c'est une catastrophe. Je ne sais pas quand et à qui exactement il a transmis cet enregistrement, mais le fait qu'il ait surgi de différentes agences de presse et plusieurs gros comptes sur les réseaux me laisse penser que tout était soigneusement orchestré. Stratégique, efficace, ravageur. Du pur Tooru. Pile au moment de notre match contre la Pologne, qui plus est -les garçons étaient à peine rentrés au vestiaire que j'ai sorti mon téléphone, et c'est là que j'ai découvert mes propres mots, prononcés un jour en privé chez moi, écrits au vu et au su de tous sur Internet. J'ai immédiatement quitté le gymnase, et avant que quiconque puisse me demander quoi que ce soit, je me suis barricadé dans ma chambre d'hôtel.
J'ai écouté l'audio, je l'ai relu plusieurs fois. Oui, tout ça, je l'ai dit à voix haute, sans savoir que mes paroles étaient recueillies pour toujours dans le téléphone de Tooru. Je ne me rappelais plus exactement ce que j'avais dit, pour être honnête, j'avais bu beaucoup trop de Syrah ce jour-là -et maintenant, je comprends pourquoi, Tooru m'a saoulé en connaissance de cause. Qu'est-ce qu'il cherchait à me faire dire, exactement ? De quoi avait-il connaissance à ce moment ? En réécoutant, encore et encore, j'ai eu l'impression qu'il n'était pas étonné de savoir que j'avais eu des rapports avec Nicolas dès que je l'ai rencontré. Mais il me semble qu'il n'était pas préparé à la partie sur la prostitution. N'empêche -les informations dont il disposait, où a-t-il bien pu les trouver ? Ce n'est certainement pas Nico qui l'a dit à Tooru... Et je refuse de croire qu'il aurait sciemment révélé tout ça à Kageyama, en me nommant. Que Kageyama l'ait balancé à Tooru, ça, pourquoi pas, mais enfin...
J'ai reçu des appels de partout. De mes collègues. De mes joueurs. De mes amis, et même ma femme a daigné m'appeler -je n'ai répondu à personne. Je fais les cent pas dans ma chambre, cherchant désespérément une issue. Les preuves accablantes doivent être en train de se diffuser à toute vitesse sur Internet ; bientôt à la radio et à la télé, demain dans les journaux... Le temps file et je dois trouver comment me défendre.
Me défendre...
Tout à coup, je vacille, je m'assieds sur mon lit, le dos courbé, la tête entre mes mains jointes. Me défendre de quoi... ? Tout ce que j'ai dit dans cet enregistrement est vrai. C'est la vérité, la vérité pure... Je sais que j'ai fauté, je le sais depuis vingt ans, je porte ce fardeau chaque jour. Je sais que je suis coupable, que j'ai pris la virginité d'un enfant de douze ans contre de l'argent. Je ne peux pas le changer. Si je m'en suis repenti, si j'ai voulu compenser cette erreur, c'est seulement parce que je me suis rendu compte que c'était un petit joueur de volley avec assez de talent pour donner quelque chose...
Il fallait bien que j'en paye le prix un jour, et c'est aujourd'hui.
Pourquoi me défendre ? Pourquoi combattre alors que je connais déjà l'issue ? Pourquoi essayer de redorer mon image alors que je sais moi-même que je suis un monstre ? Pendant des années, j'ai cru m'en tirer, j'ai cru que je n'aurais à rendre de comptes à personne, à part à ma conscience, et à Nicolas peut-être, si un jour il me confrontait. Pourquoi retarder l'inévitable, pourquoi refuser d'affronter dans cette vie ce qui m'attendra de toute façon au jugement dernier... ?
Je devrais peut-être simplement dire que tout ça est vrai. Assumer. Puis, d'une manière ou d'une autre... disparaître.
Je me lève. Je vais ouvrir la porte, rejoindre mon équipe, faire face aux journalistes, leur expliquer. Leur dire que c'est vrai, j'étais en manque ce jour-là, je me suis rabattu sur un gosse qui m'a dit qu'il avait quatorze ans, ça ne change rien, c'est tout aussi horrible et rien ne pourra racheter ça, ni l'argent, ni le temps, ni l'amour que je lui ai donné ensuite.
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Ikaroi
FanfikceEst-ce que ça en valait la peine ? Je ne le saurai sans doute jamais. A présent, je regarde en arrière vers ma liberté perdue, et je voilà ce dont je me souviens : des sourires brillants, des corps d'athlètes, des médailles d'or et des regards de br...
