V. 5. Tobio

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Je n'ai pas compris. Je ne comprends toujours pas.

Je peux me creuser la tête tant que je veux, j'ai pas de réponse. Elle ne vient pas, elle ne commence même pas à se former. Y penser me fait mal -mais je peux pas m'en empêcher, ça tourne en boucle dans ma tête.

Ce n'est plus possible. Tu n'es pas pour moi. Merci pour tout, Tobio, et au revoir.

C'est arrivé comme ça. Je n'ai rien vu venir. Une fin de matinée que je passais tranquille, chez moi. Un appel que j'attendais, que je pensais de routine, me raconter son entraînement, comme d'hab. Juste heureux à l'idée d'entendre sa voix. Et puis... J'ai même pas réussi à parler, même pas réussi à articuler une phrase. J'étais choqué. Je ne m'y attendais pas du tout. Enfin, non, c'est vrai, je m'attendais à ce qu'un jour, je ne sais pas quand, on se dise posément qu'on devrait arrêter de coucher ensemble, parce qu'on a chacun nos vies, mais qu'on resterait complices, amis, proches... Couper les ponts, ça, non. Jamais. Jamais j'aurais pu l'envisager.

Une minute, pas plus, quelques phrases pour finir des mois et des mois d'une relation qui n'avait pas de nom, mais qui existait vraiment. J'ai envoyé des messages, tout ce que je pouvais, le plus vite possible, mes pensées et mes sentiments en vrac, mais aucune réponse. Et il m'a bloqué pour que je ne puisse plus lui écrire. J'aurais pu essayer de le contacter d'une autre manière, mais visiblement, il ne voulait pas, alors je suis resté face à mon téléphone pendant longtemps, longtemps, le regard vide, pour attendre une réponse qui ne viendrait jamais. L'adrénaline et l'angoisse qui m'opprimaient commençaient à se dissiper pour me laisser voir la vérité dans toute son horreur : Nicolas Romero venait de me jeter hors de sa vie et je ne pouvais plus l'atteindre peu importe mes efforts.

Je me suis effondré sur mon lit et j'ai attendu de pleurer. Mais les larmes ne sont pas venues. Je crois que j'étais trop choqué. Je suis juste resté là à suffoquer dans le vide.

Puis, quand j'ai réussi à me calmer un peu, j'ai essayé de réfléchir. Je me suis dit qu'il s'était forcément passé quelque chose. Sinon, pourquoi il se serait décidé comme ça, tout à coup ? On s'est revus une nuit avant qu'il reparte au Brésil, je l'ai trouvé normal ; et après, on a continué à se parler par message comme d'habitude. Qu'est-ce qui a pu arriver ? Je ne vois qu'une chose : quelqu'un l'a poussé à le faire. Quelqu'un qui ne supporte pas notre relation.

Et comme par hasard, la veille des matchs de la coupe panaméricaine. Au moment où les équipes brésilienne et argentine étaient au même endroit, au même moment.

J'ai appelé sans hésiter.

-Allô, Tooru ?

-Tobio-chan, ça va ? Qu'est-ce qui se passe ?

-Tu as parlé à Romero ?

Ma voix devait me trahir. Tant pis. Pas de temps pour la délicatesse.

-Quoi ? Non, on s'est juste croisés vite fait dans le gymnase au moment du repérage. Pourquoi ?

Sa voix était stable, étonnée. J'avais envie de le croire. J'avais envie de lui faire confiance... Mais je savais aussi que Tooru était un excellent menteur, et je comptais pas me laisser embobiner :

-T'es sûr de ça ? Tu veux vraiment qu'on base notre relation sur des mensonges ? Ce serait pas la première fois.

Long silence. C'était du bluff, un coup de poker pour voir s'il allait cracher quelque chose. J'ai été méchant, je le savais, mais mes émotions étaient en bordel. Je ne pense pas qu'il m'ait déjà ouvertement menti -mais il avait dissimulé ses projets de partir en Argentine, et il m'avait caché qu'il avait couché avec Romero. Alors la confiance, c'était pas encore totalement acquis entre nous. Il omettait peut-être encore de me dire certaines choses -y compris s'il avait, d'une manière ou d'une autre, forcé Nicolas à casser avec moi pour me récupérer derrière. Il m'avait dit l'inverse à son anniversaire, il m'avait dit qu'il respectait mes sentiments et mon rythme, mais comment le croire ? Comment ne pas douter ?

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