V. 2. Tobio

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-Tobio, joue au ballon avec moi, s'il te plaît.

-'Biooo, joue au balle à moi, siteplait.

C'est trop mignon, je peux pas résister. Je pensais que j'aimais pas les bébés, mais celui-là est beaucoup trop adorable. Rubens, accroché à mes genoux sur lesquels il vient de jeter son ballon, me supplie de son regard vert et familier, répétant de son mieux les phrases que j'essaie de lui apprendre.

-Oooh, c'est merveilleux, s'exclame Flavia un peu plus loin. Mon fils est bilingue !

-Je n'irais pas jusque-là, commente Nicolas.

Je lève les yeux du petit être qui réclame mon attention vers ses parents. Je suis chez les Romero, dans leur appartement de Tokyo, et la chaleur est écrasante en cette mi-juillet. Flavia, belle comme le jour dans une robe colorée, ses longs cheveux blonds attachés en queue haute cascadant sur ses épaules, est occupée à faire une limonade, documentant chaque étape du processus pour ses réseaux, depuis la coupe des citrons jusqu'à la forme des glaçons. Son mari, et accessoirement mon amant, est assis dans le canapé, la tête renversée par-dessus le dossier dans l'espoir de recevoir une petite brise par la fenêtre derrière lui, la chemise trop largement ouverte, mais je vais pas m'en plaindre.

Quant à moi, eh bien, je me suis fait inviter pour l'après-midi. Je me doute bien que, comme d'habitude, je ne repartirai pas tout seul et que Nico me raccompagnera, puis me tiendra compagnie au moins jusqu'à demain. En soi, il pourrait très bien se contenter de venir chez moi sans jamais que j'aille chez lui ; mais Flavia m'invite dans leur foyer régulièrement, parfois avec d'autres coéquipiers, mais plus souvent tout seul, et j'ai pris l'habitude de passer du temps ici aussi.

Par conséquent, Rubens -ou Rubinho, comme ses parents l'appellent- a fini par accepter ma présence et me considère même comme son camarade de jeu favori. Quand je me saisis du petit ballon qu'il m'a remis, ses yeux s'illuminent et il recule maladroitement de quelques pas. Je lui lance la balle, doucement, dans une belle cloche ; et joignant ses petites mains, il tente d'imiter une réception. Trop chou. Enfin, jusqu'à ce qu'il renvoie la balle avec enthousiasme, et qu'elle aille rebondir juste à côté de l'écran plat.

-La télé ! s'écrie Fla d'un air outré. Agh, caralho ! Ma vidéo !

Elle essuie ses doigts pleins de jus de citron sur le tablier qu'elle a revêtu pour l'occasion, manque de faire tomber son téléphone en voulant arrêter son tournage, puis me jette un regard accusateur, comme si c'était moi qui tentais de détruire l'appart. Nico, pendant ce temps, n'a toujours pas relevé la tête, et je vois sa pomme d'Adam bouger tandis qu'il commente paresseusement :

-Pas la télé, Tobio, comment je vais regarder le foot après ?

Purée, des fois, ils me font vriller tous les deux. Pendant ce temps, Rubens a récupéré la balle et me la tend de nouveau avec un air d'attente. Je la prends, mais je ne me résous pas à la lancer à nouveau, et je me tourne plutôt vers Nico, répétant d'un air peu convaincu :

-Le foot ?

C'est vraiment un truc qui ne m'attire pas. En vérité, les autres sports que le volley ne me tentent pas vraiment, à part le beach peut-être, si ça compte. Manipuler le ballon avec ses pieds et pas ses mains, c'est chelou. Enfin, peut-être que Hinata ou Nishinoya y arriveraient mieux que moi.

-Ouais, répond Nicolas. J'ai fait assez de volley ces dernières semaines, je veux voir autre chose.

-La chance, hein.

Je suis un peu jaloux, et je croise les bras. Je pensais vraiment qu'on arriverait à se qualifier pour les phases finales de la VNL cette année, je croyais en notre équipe... Les services flottants d'Atsumu sont devenus une plaie mondiale, et j'ai progressé sur mes smashés au point de gagner quelques places au classement international, me hissant dans le top 20, juste derrière Oikawa. Ushijima et Bokuto étaient en forme, même Sakusa commençait à bien s'intégrer à la dynamique de l'équipe. Mais on a perdu trop de matchs, même s'ils étaient intenses et qu'on a souvent réussi à arracher au moins un set. La Russie, la France, l'Iran, l'Italie, les Etats-Unis... Que des grosses équipes plus expérimentées que nous. Sans parler du Brésil...

IkaroiDes histoires addictives. Découvrez maintenant