Chapitre 30

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Le soleil s'était presque couché lorsque la foule surexcitée quitta les gradins et se déversa sur le chemin qui menait à Felestor. Coincés dans la cohue, Gabriel et François ne disaient pas un mot. Autour d'eux, les gardiens commentaient les derniers matchs avec enthousiasme.

— Tu as vu ce que le gardien des rhinocéros a fait au gardien des bisons ? demandait quelqu'un, c'était génial ! J'espère qu'ils en réorganiseront une !

— Moi, répondait un autre, j'ai préféré celui entre les libellules et les scarabées. Très stratégique, très beau à voir. Le contrôle des gardiens était impressionnant !

— Tu rigoles ?! s'exclamait un troisième, il était ennuyeux à mourir ce combat-là !

Gabriel et François marchèrent en silence jusqu'à la porte d'enceinte, et pénétrèrent dans le quartier des cerfs, avant de se diriger vers la maison de Gabriel. Sur leur chemin, dans les recoins sombres des rues, des hommes et des femmes voletaient comme des papillons entre les chuchotements, les éclats de rire et les étoiles qui commençaient à apparaître dans le ciel.

Gabriel les regardait d'un air pensif. Malgré les paroles d'Eckleburg, il fallait se rendre à l'évidence : ces combats étaient perçus comme des spectacles, des amusements, et non pas comme un rappel de la guerre permettant de calmer les gardiens. Au contraire, cela ne faisait qu'attiser les velléités d'affrontement et les rivalités entre les clans.

Ils arrivèrent chez Gabriel, préparèrent rapidement à manger, et passèrent à table.

— Tu sais quoi, dit Gabriel en entamant ses brocolis, c'était un fiasco total. Les combats devaient apaiser les tensions, mais les gens aiment la violence. Ça a eu l'effet totalement inverse.

François avala sa bouchée avant de répondre.

— Je ne suis pas d'accord. À mon avis, c'était exactement ce que voulait Fabre.

Gabriel leva un sourcil.

— Comment ça ?

— Eh bien, fit François en saisissant son verre, je pense que Fabre sait que cet évènement soi-disant solennel est en fait très apprécié par les gardiens. Il faut s'y faire, les gardiens sont comme tout le monde. Tu as raison quand tu dis qu'ils aiment la violence. Mais Fabre est très futé parce que ce genre de spectacle permet de canaliser l'agressivité des gardiens. S'il n'y avait pas eu ces combats dans l'arène, ils se seraient produits en dehors, comme les rixes dont a parlé Eckleburg. Et là, ça aurait été pire parce que cela aurait pu entraîner une guerre entre des espèces ou entre des clans. En permettant aux gardiens de libérer leur agressivité, Fabre parvient à maintenir le contrôle et à les calmer en assouvissant leurs désirs. Je suis sûr que dans quelques jours, nous verrons les tensions s'apaiser entre les différents clans.

François porta le verre à ses lèvres, et Gabriel réfléchit à ce qu'il venait de dire. Cela lui paraissait quand même très alambiqué. Pourtant, dans les jours qui suivirent, il constata que François avait raison. Les gardiens semblaient plus apaisés, plus tranquilles, plus détendus. On croisait de plus en plus de groupes composés de membres de clans supposément rivaux, comme les aigles et les tourterelles, ou les loups et les chevaux.

Pendant deux mois, Gabriel reprit ses études avec la même frénésie d'apprendre. Il avait presque terminé la section des cerfs, et se dit qu'il était temps d'envisager l'épreuve théorique. Selon la fiche du contrôleur, il fallait informer son oxcellor dès que l'on se sentait prêt pour cet examen. Cela faisait un moment que Gabriel n'avait pas vu Hermann. Il se rendit donc à la Flèche, traversa la Salle des Mémoires, et emprunta l'ascenseur jusqu'à l'étage réservé aux oxcellors.

Le Gardien des Cerfs - Tomes 1 & 2Des histoires addictives. Découvrez maintenant