J'étais vide et froid, là, maintenant, tout de suite. J'étais incapable de dire à Ilya que c'était partagé, que c'était impossible. Et comme j'y songeais, je l'aperçu justement un peu plus loin. Elle était devant un étal marchand de tissus, regardant avec une extrême attention et concentration la liste des objets en vente.
Cela me fit l'effet d'un coup de couteau. J'avais mal à en vomir.
Je ne pus que la regarder clore ses achats et reprendre sa joyeuse déambulation, dans ma direction. Mais je n'étais qu'un bloc de glace dangereux sur son chemin. Pourtant, je ne parvenais pas à m'éloigner, à fuir.
Lorsqu'elle m'aperçut à son tour, son visage s'illumina d'un sourire, comme toujours. Je sentis la glace de mon cœur se fendiller dans un bruit de verre brisé.
— Lyall ! Qu'est-ce que tu fais ici ? Je croyais que tu voulais te forger une nouvelle claymore. En tout cas, l'épée que tu m'as faite est fantastique !
Parler me semblait impossible, sur le moment. Mais les mots vinrent d'eux-mêmes, justes, vrais :
— Il me manque quelques matériaux. De la matière blanche entre autres, répondis-je.
— Vraiment ?
Elle fronça les sourcils, comprenant ce que je ne lui disais pas :
— Tu ne comptes pas y aller seul, quand même ?
Elle savait pertinemment que si et soupira :
— Très bien, je t'accompagne !
Elle m'adressa un sourire éblouissant, à faire fondre la glace qui me retenait.
— Ilya..., commençais-je avec hésitation. Je suis un idiot. Je ne sais pas comment te le dire... Tu comptes beaucoup pour moi, et...
Je la vis se figer brusquement, retenir son souffle. Si elle avait eu quelque chose dans les mains, l'aurait-elle lâché ?
Étais-je capable de le lui dire ? Qu'étais-je en train de faire, au juste ?!
— Ilya, j'ai...
Mais je n'ajoutais rien, les épaules basses. Je n'étais pas doué pour les mots et je n'arriverais pas à lui expliquer le dilemme qui me déchirait en deux, entre les sentiments que j'éprouvais pour elle et le fait que l'aimer ne lui causerait que du mal à cause de la réalité de laquelle je m'étais échappé. Mais peut-être était-ce plus simple de suivre les conseils d'Aramise, de lâcher prise. Nous n'avions aucune garantie de nous en sortir vivants, après tout.
Alors, au lieu de poursuivre avec des mots, je l'attirais à moi pour la serrer dans mes bras comme jamais avant, contre mon cœur gelé qu'elle seule pouvait faire fondre. Je la sentis me rendre mon étreinte et cacher son visage dans mon épaule dans un geste instinctif et naturel.
Elle ne demandait pas plus pour le moment que de savoir que je regardais enfin les choses en face. Pour le moment, elle voulait seulement que j'accepte ses sentiments pour ce qu'ils étaient, et que j'admette les miens pour ce qu'ils étaient eux aussi. La vérité.
J'avais enfin compris. Admis. Les choses allaient évoluer, à présent, mais de quelle façon ? Je ne voulais pas y songer. Je voulais seulement vivre l'instant présent. D'où m'étaient venus ces mots et ce courage ? Étais-je capable de l'aimer malgré mon passé ? Pourquoi ne pourrais-je pas, au même titre que les autres, comme Iriko et Aramise ?
— Tu comprends, maintenant ? murmura Ilya doucement, ses yeux brillants comme des étoiles, témoins d'un bonheur que je ne pouvais pas imaginer plus grand.
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Skyline Emrys
Ciencia Ficción"- Combien de temps crois-tu que nous ayons encore à vivre ? demandai-je. Je le voyais dans ses yeux, elle s'était déjà posé la question. - Je l'ignore, Lyall. Peut-être une semaine, un mois, un an... Je sais juste que nous touchons à la fin. La fin...
