Pour le moment, la perturbation à Vanaheim se résumait à une « vibration du ciel », un portail inter-mondes bloqué, et l'impossibilité d'envoyer des mp – des messages privés. Il n'y avait rien de réellement dangereux pour nos vies, ni aucune annonce de Valhalla. Pourtant, nous étions plus suspicieux que jamais. Le danger était réel, seulement nous ne savions même pas ce que nous attendions.
— Oh, des nids de griffons ! s'exclama Ilya alors que nous passions aux pieds d'un bloc rocheux tout en haut duquel il devait y avoir deux ou trois nids de griffons, en effet.
— Ils sont vides, commentais-je. Enfin, il n'y a pas de griffons à l'horizon. Pourtant on dirait bien des œufs dedans, non ?
Kallaan se figea immédiatement. Il se tourna vers nous mais son heaume – un peu effrayant, il fallait l'avouer – nous dissimulait les expressions de son visage, et c'était clairement inconfortable.
— Les griffons ne laissent jamais leur nid sans surveillance. Ils ne doivent pas être loin...
A peine eu-t-il fini sa phrase qu'un hululement mécontent lui donna raison.
En nous retournant, nous découvrîmes trois bêtes hybrides furieuses. Deux autres nous contournaient. Pour nous encercler ou pour protéger leurs œufs ? En tout cas, leur réaction calquait parfaitement avec une réaction animale « ordinaire ».
Et merde.
J'avais beau m'être sérieusement arrangé, je demeurais un faible. Le fait qu'Ilya m'ait toujours accompagné l'avait rendue plus forte elle aussi, et Kallaan, en tant qu'officier de l'une des cinq plus grandes guildes de SE, était loin d'être un amateur comme moi. Il ressemblait plus à Iriko à ce niveau-là, dans le genre badass, qui connaissait presque toutes les astuces. Bref, une fois n'est pas coutume, c'était moi le boulet.
Les griffons attaquèrent ensemble, dans un battement d'ailes, froissements de plumes, cliquetis de griffes et claquements de becs. Kallaan avait déjà son épée et son bouclier à la main, prêt à toute éventualité. Ilya sortait son épée et, à la manière des samouraïs, j'attendis qu'ils soient plus près de moi pour tirer ma claymore en matière blanche et profiter de mon élan pour faire plus de dégâts.
Si je fus satisfait de l'effet produit, l'attaque combinée des griffons fut dangereusement critique. Ma jauge de PV baissa de moitié. Ces mobs étaient bien trop forts pour moi. Je les avais sévèrement atteints mais ils m'avaient gravement touché en retour. Et même si je les éliminais, j'étais mal parti. Ils allaient repop – réapparaitre – et moi j'allais mourir. Ils n'étaient que des 0 et des 1 numériques exécutés par un programme ; à l'inverse, j'étais un être vivant de chair et de sang, et tous les programmes et les avancées technologiques du monde ne me sauveraient pas si je venais à mourir.
Kallaan arriva sur moi à ce moment-là, taillant dans le tas comme un boucher taille une bavette. En deux ou trois coups de cuillère à pot, il les acheva proprement, les renvoyant au néant numérique.
Comme un imbécile, je me mis à bouder. Parce qu'il avait eu le dernier mot, et en moins de temps qu'il ne m'en fallait pour le dire. Il était tout simplement trop fort et moi trop stupide.
— Allez, on continue, exigea-t-il d'un ton un peu autoritaire qui m'agaça aussitôt.
Il m'avait piqué à vif. Pourquoi devait-il donner des ordres ? Ça ne se passait pas comme ça au sein des Fils de la Lumière.
Ilya lui emboita le pas sans discuter mais je restais là sans broncher, en colère contre moi-même. Il me fallut un certain temps pour me reprendre et les suivre. Derrière nous, les cadavres des cinq griffons disparurent doucement comme on gomme un trait tracé au crayon de bois.
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Skyline Emrys
Ciencia Ficción"- Combien de temps crois-tu que nous ayons encore à vivre ? demandai-je. Je le voyais dans ses yeux, elle s'était déjà posé la question. - Je l'ignore, Lyall. Peut-être une semaine, un mois, un an... Je sais juste que nous touchons à la fin. La fin...
