11 Août 2052
Deux mois plus tard
— Tu crois qu'on peut voler, à Vanaheim, comme les navires ? demanda Ilya.
Nous étions un dimanche après-midi et je m'autorisais ma première vraie journée de vacance.
En chassant à Vanaheim deux semaines plus tôt, nous avions découvert un lieu insolite fait des ruines d'un panthéon oublié en pleine forêt et recouvert de mousse, avec des statues de dieux parfois à moitié effondrées. Des monstres patrouillaient autour mais aucun, jusqu'à présent, n'était entré, nous fournissant en ces lieux une sécurité relative.
Vu d'ici, le ciel était bleu et le cadre reposant. La vie avait un sens certain. Surtout avec Ilya pelotonnée contre moi dans l'herbe sauvage du temple.
Si on pouvait voler dans Skyline Emrys ?
— Tu sais ce que je pense ? répondis-je enfin.
— Non, mais tu vas me le dire, sourit-elle.
— Que voler est l'un des rêves de l'Humanité depuis toujours.
— Rien de neuf sous le soleil de ce côté-là.
— Ce que je voulais dire c'est que l'Homme a toujours voulu voler parce que cela lui était impossible. Ne voudrait-il mieux pas que cela reste un rêve, justement ?
— Peut-être...
Je souris. Je n'avais pas répondu à sa question, mais ce n'était pas comme si je devais vraiment y répondre. Voler ou non n'avait pas d'importance. Un autre sujet me préoccupait bien plus.
— Tu as déjà songé à rester ici ? soufflais-je tout bas comme si je craignais qu'elle ne m'entende. Comme tant d'autres ont décidé de le faire, de vivre ici...
Elle se redressa, m'observa en silence comme pour jauger de ma sincérité. Puis elle fixa le bout de ses bottes tandis qu'elle agitait nerveusement les pieds.
— J'y ai songé, avoua-t-elle tout bas elle aussi. J'y songe.
Elle se tourna vers moi avec une expression farouche :
— Mais ce n'est pas vivre ce que nous faisons ici. C'est de la survie. Nous ne sommes pas libres ; nous jouons dans une arène selon les règles d'une machine qui ne mesure même pas ce que représente la vie.
Son point de vue n'était pas faux. Pour dire vrai, elle avait une vision des choses tout à fait exacte.
— Le petit incident qui nous est arrivé à tous les deux il y a deux mois m'a beaucoup fait réfléchir...
Je me redressais à mon tour. La conversation prenait une toute autre tournure qui n'admettait pas la plaisanterie. D'ailleurs, il n'y avait plus l'ombre d'un sourire sur son visage ni le mien. Elle voulait aborder un sujet très sérieux qui nous préoccupait tous sans que nous n'osions jamais en parler.
— Lyall, t'es-tu demandé dans quel état nous sommes ? Je veux dire, l'état de notre corps, de notre cerveau... Nous sommes connectés depuis maintenant deux ans et quatre mois. Et ce sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Alors je m'interroge sur le temps qu'il nous reste, le temps où je serai encore capable de tenir la cadence. J'ai peur de m'endormir le soir et de ne plus jamais pouvoir me réveiller...
Cela me rappelait les échos d'une conversation que nous avions eue, deux ans auparavant. Mais nos préoccupations d'aujourd'hui avaient bien plus de sens qu'alors. Que le temps passait...
Ilya avait raison.
— Si nos corps finissent en si mauvais état, pourquoi ne pas finir notre vie ici, dans cet environnement, à profiter d'un corps robuste et puissant, capable de tout, auprès de nos amis qui partagent notre sort, en nous battant ? répondis-je avec sincérité.
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Skyline Emrys
Science Fiction"- Combien de temps crois-tu que nous ayons encore à vivre ? demandai-je. Je le voyais dans ses yeux, elle s'était déjà posé la question. - Je l'ignore, Lyall. Peut-être une semaine, un mois, un an... Je sais juste que nous touchons à la fin. La fin...
