21 Novembre 2056
Onze mois plus tard
— Non, sérieusement, Charlie, c'est bon, n'en fais pas tout un plat ! s'énerva Kyle tandis que je passais une fois de plus en coup de vent devant lui.
Je n'arrêtais pas de faire des allers-retours entre mon dressing et la salle de bain, et il y avait effectivement de quoi devenir fou.
Kyle et Lucas étaient sur leur 31, Jessica et Jérémy pareillement, et j'étais comme un idiot, torse nu, à ne pas savoir comment m'habiller. J'avais changé trois fois de pantalon, cinq fois de ceinture, et modifié deux fois mon choix sur les boutons de manchettes pour une éventuelle chemise. J'étais angoissé comme je ne l'avais pas été depuis bien longtemps, et cela ne m'aidait pas à me décider sur quoi que ce soit.
Tandis que je me dirigeais à nouveau vers la salle de bain, Kyle m'attrapa au passage et me ramena au dressing, m'obligeant à m'asseoir dans l'un des deux fauteuils. Il sélectionna un trois-pièces dans mes affaires, choisit une ceinture à ma place ainsi qu'une paire de chaussures noires impeccablement cirées, et suspendit le tout sur le chevalet vide. Il prit même soin de me donner en mains propres les boutons de manchettes sur lesquels je m'étais arrêté et pour lesquels il n'avait rien à redire.
— Si tu me fais un commentaire, je te promets de te fracasser le crâne pour étudier ce qu'il y a dedans, me menaça-t-il, le regard noir.
Je m'abstins de faire la moindre remarque et m'habillai en vitesse, remerciant le ciel de m'avoir donné des frères comme les miens. J'étais en train de lacer mes chaussures lorsque quelqu'un sonna à la porte d'entrée, me faisant sursauter.
— Relax Max, me tranquillisa Kyle en s'éloignant. Ce doit être Chloé, tu n'es pas encore en retard. Tu risques de l'être bientôt, en revanche.
Chloé était sa petite amie. Et si j'étais bientôt en retard, c'était parce que je devais aller chercher Emmaline et son père à l'aéroport. Leur vol avait déjà décollé de Londres, ce qui voulait dire que j'avais juste le temps d'être à l'heure.
— Charlie, grouille-toi ! Tu vas faire attendre ta copine et ce n'est pas très gentleman, intervint Lucas en faisant irruption dans mon dressing. Que va-t-elle penser des Français, à cause de toi ?
— La ferme, la Crevette.
Contre toute attente, il me sourit. Je l'appelais comme cela, autrefois, même s'il n'avait rien d'une crevette à l'époque, ni plus aujourd'hui.
— Quoi ? grognai-je en enfilant ma veste, constatant qu'il me fixait toujours, sans rien dire.
— Rien. Je me disais que ça fait plus d'un an, maintenant. Et tout est presque redevenu comme avant.
Je lui ébouriffai les cheveux.
— Presque. Tu es nettement plus grand.
Je gardai pour moi la pensée plus sombre que cette remarque avait fait naître en moi : jamais rien ne serait plus comme avant. C'était impossible.
— Bon allez, vas-y. Le taxi t'attend devant la maison, m'informa Lucas en me tendant mon portefeuille avec mes papiers. Tache de ne pas le perdre, hein. On se retrouve au restaurant.
J'opinai et quittai la maison dans la précipitation.
C'était la première fois qu'Emmaline venait en France, et Jessica avait proposé que nous allions tous ensemble au restaurant. Tout le monde, surtout moi, avait travaillé son anglais ces derniers mois, et était capable d'avoir un minimum de conversation. Correspondre avec Emmaline et la voir régulièrement, via internet, m'avait permis de progresser à une vitesse phénoménale, et j'étais assez satisfait de mon niveau actuel. Emmaline, de son côté, avait appris quelques mots de français, tout comme son père d'ailleurs, et leurs efforts furent loués tout le long du dîner.
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Skyline Emrys
Science Fiction"- Combien de temps crois-tu que nous ayons encore à vivre ? demandai-je. Je le voyais dans ses yeux, elle s'était déjà posé la question. - Je l'ignore, Lyall. Peut-être une semaine, un mois, un an... Je sais juste que nous touchons à la fin. La fin...
