11 Avril 2054
Dix jours plus tard
— Il y a un évènement à Bellal aujourd'hui pour les quatre ans du coup d'État de Valhalla ?! m'étranglais-je en criant dans le salon, en lisant frénétiquement l'Icarus et ses nouvelles du jour.
Shaïn, perdu dans ses pensées, debout près de la fenêtre, émergea rapidement pour se tourner vers moi, surpris :
— Tu ne le savais pas ?
— Apparemment non. Je n'ai pas beaucoup lu l'Icarus ces derniers temps.
Il vint se laisser tomber dans le sofa, à côté de moi :
— Et ce ne sont pas des joueurs qui sont à l'origine de ce rassemblement. C'est Valhalla lui-même, m'apprit-il.
— Valhalla ?
— L'Alliance au complet sera là. Peut-être même tous les joueurs de Skyline Emrys. C'est peut-être un piège, mais... Que pouvons-nous y faire ? Cela fait quatre ans, et nous avons besoin de nous remémorer ce que nous avons perdu.
— Il va faire une annonce, compris-je, stupéfait.
Mon cœur s'emballa. Et si Valhalla nous annonçait qu'il renonçait à nous retenir, que nous étions libres ? Serais-je prêt à laisser tomber ce monde pour retrouver celui que j'avais lâchement abandonné ? Il ne resterait plus rien ni personne ; serais-je capable de rester ici, seul ?
— Une annonce..., répéta Shaïn comme s'il méditait sur la portée de ces mots. Une extermination de masse, ouais ! gronda-t-il ensuite.
Je reportais mon attention sur le journal. Shaïn avait raison. Que Valhalla soit à l'origine de ce rassemblement était à deux tranchants : d'un côté il y avait l'espoir que peut-être, enfin, ce jeu mortel allait prendre fin, mais il y avait aussi la méfiance sordide et la peur viscérale que, à l'inverse, il n'enclenche un évènement sans précédent qui nous exterminerait tous d'un seul coup. Ou peut-être allait-il nous torturer psychologiquement comme il le faisait depuis le début.
Je me tournais vers mon ami :
— On va y aller, nous aussi ? demandais-je.
— Fais ce que tu veux, Lyall. J'ai donné quartier-libre à tout le monde, répondit mon meilleur-ami en consultant nonchalamment l'heure.
Si nous voulions en être, il était temps pour nous d'y aller.
— Mais toi, tu y vas ou pas ? insistais-je.
— Ouais..., répondit-il, les mains derrière la tête, les yeux au plafond. Et c'est peut-être malvenu de ma part, mais s'il nous annonce que nous sommes libres alors qu'Ara est morte il y a seulement deux semaines... je vais le détruire.
Il était sérieux. Très sérieux.
Puis, comme il s'en allait, je lui emboitais le pas :
— Tu sais ce que vont faire les autres ?
Les autres en question, en fait, étaient là dans la rue à nous attendre.
Il régnait dehors la même agitation qu'à l'ordinaire. Tout me paraissait paisible et calme. Normal. Je voyais même Aramise me faire signe de la main en souriant. Mais elle n'était plus là, et c'était la faute de Valhalla.
— On dirait que tout le monde est décidé à y aller, finalement, fit remarquer Wayann.
A notre arrivée à Bellal, je fus assailli par une cascade de souvenirs : ma rencontre avec Aramise dans la clairière des débutants, notre première soirée avec Shaïn, la terrible annonce de notre emprisonnement. Il y avait également eut mes débuts de forgeron, la création de l'Icarus et des Fils de la Lumière, les retrouvailles avec Aramise et ma rencontre prédestinée avec Ilya.
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Skyline Emrys
Fiksi Ilmiah"- Combien de temps crois-tu que nous ayons encore à vivre ? demandai-je. Je le voyais dans ses yeux, elle s'était déjà posé la question. - Je l'ignore, Lyall. Peut-être une semaine, un mois, un an... Je sais juste que nous touchons à la fin. La fin...
