Je ne cherchais pas à être un héros, et je ne voulais pas mourir non plus. Mais j'étais prêt à donner ma vie, notamment parce que j'étais en pièces. La seule chose qui me permettait d'avancer, maintenant que j'avais partiellement retrouvé la mémoire et que j'étais conscient d'être le seul survivant, c'était de savoir que tous les joueurs de SE encore vivants avaient remis leurs vies entre mes mains, et que ces vies ne tenaient qu'à moi.
Personne d'autre ne pouvait les sauver. Ni les concepteurs de Valhalla, ni les plus grands génies de ce monde. Ces millions d'existences ne dépendaient que de moi. C'était mon fardeau, ma responsabilité. À moi seul. C'était à la fois écrasant et vitalisant. Je n'avais pas de force, plus rien du tout en fait, mais savoir que je pouvais me rendre utile en faisant en sorte de les rendre à leurs familles changeait tout pour moi.
— J'ai besoin de me connecter au système central de Skyline Emrys, directement à sa source, expliquai-je en me tournant vers Lucas.
Je me souvenais que c'était lui, le petit génie, qui passait ses journées à jouer aux jeux vidéo, à pirater le système informatique de l'école et corriger ses professeurs à chaque erreur, tout cela alors qu'il n'avait alors pas dix ans. Il n'en avait jamais parlé ouvertement devant moi depuis mon réveil, peut-être par crainte d'éveiller mes souvenirs de SE. Néanmoins, après plus de cinq ans et la tragédie qu'il avait vécu à travers moi, j'avais la certitude qu'il était devenu un expert dans ce domaine qui m'échappait totalement.
Mon plus jeune frère, du haut de ses quinze ans, prit cette conversation très au sérieux, ce qui ne fit qu'accroître mon affection pour lui. Il remit correctement ses lunettes qui glissaient sur son nez avant de parler. Elles lui donnaient plus l'air d'un jeune PDG à qui il valait mieux ne pas chercher des noises, que d'un petit intello insupportable.
— Pour accéder au serveur central qui est ultra sécurisé depuis l'incident, il va falloir se montrer plus important que le président des États-Unis, commença-t-il avec gravité. Car il va falloir contacter les producteurs et concepteurs du jeu, et surtout les convaincre. Cependant, étant donné que tu es devenu une personnalité très médiatique, je suis absolument certain qu'ils n'attendent qu'un signe de ta part pour te rencontrer. Il a fallu se battre en justice contre eux pour les empêcher d'emmener ton ID – et ce n'est pas encore réglé. Sinon, ils seraient partis avec dans l'idée de résoudre eux-mêmes le problème. Ce sera donc de les convaincre qui sera le plus difficile.
Il parlait comme si tout ce qu'il venait de dire était absolument certain, sans doute possible. Comme si tout ceci était une évidence quand bien même cela ne l'était pas pour moi. Il était si sérieux que j'en aurais souri si ses mots n'avaient pas éveillé quelque chose de dérangeant dans ma mémoire.
Un jeu.
Ce n'était qu'un jeu, à l'origine. C'était ridicule, n'est-ce pas ? Je n'aimais pas jouer. Pourquoi donc aurais-je été mêlé à tout ceci ? D'où venait cette certitude ? Car c'était une certitude : je n'étais pas un amateur de ce genre de chose, c'était Lucas le plus branché de la fratrie. Mieux – ou pire – je n'étais amateur de rien du tout.
Un jeu.
Rien de ceci n'avait été complètement réel. Avais-je donc vécu presque six ans dans un rêve ?
Ces réflexions étaient la preuve que j'avais des restes flous, mais que j'avais toujours une mémoire. Il m'était possible de la retrouver, au moins partiellement. J'en savais plus que je ne m'en souvenais.
Médiatique.
J'étais le premier et le seul à avoir échappé au système. Ce que le monde ignorait, c'était que Valhalla m'avait lui-même laissé sortir.
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Skyline Emrys
Ciencia Ficción"- Combien de temps crois-tu que nous ayons encore à vivre ? demandai-je. Je le voyais dans ses yeux, elle s'était déjà posé la question. - Je l'ignore, Lyall. Peut-être une semaine, un mois, un an... Je sais juste que nous touchons à la fin. La fin...
