8 Avril 2051
Deux semaines plus tard
Cela faisait des jours que Guilan, les autres et moi-même passions nos journées à forger, au cœur de la forteresse des Dragons du Ciel. J'avais rarement eut le temps d'entrevoir mes amis puisque je ne rentrais même pas à Argoat le soir venu. Ils devaient se préparer, je pensais, en vue de l'évènement que nous anticipions tous, avec notamment les nouvelles armes que je leur avais forgées.
La liste des armes commandées ne semblait jamais vouloir finir ou même diminuer. Sans fin. Et pour cause : Atlantis avait passé une annonce dans l'Icarus. La date étant fixée au 10 Avril, tout joueur était en droit d'y participer et pouvait donc demander à ce que lui soit forgée une arme de son choix en cristal de glace, moyennant une petite somme dont chaque joueur était parfaitement capable de s'acquitter. Alors, bien sûr, le carnet de commande que nous tenions ne cessait de grossir et notre nom, à Guilan et moi, était brusquement devenu populaire dans le jeu tout entier.
Autant j'avais le rang de forgeron mystique et Guilan celui de maître forgeron, autant il ne cessait de m'apprendre certaines choses, des trucs et astuces qu'il avait découvertes, heureux de pouvoir transmettre son savoir même s'il n'en montrait rien. Cependant, la plupart du temps, il était question du véritable métier de forgeron, dans la vie réelle, et de techniques tout simplement inapplicables dans le jeu ou le processus de forge était simplifié.
Si forger était vraiment mon passe-temps favori, après avoir passé deux semaines entières sans voir la lumière du jour ni mes amis, je ne demandais plus qu'une seule chose : pouvoir décrocher. Le moindre prétexte était bon pour faire autre chose et me changer un peu les idées.
Envoyant la lance à celui qui me l'avait commandée, je rangeais mon marteau et mon tablier. A deux pas de moi, penché au-dessus de sa propre enclume, Guilan consultait son inventaire et comptait ses stocks par rapport à la fenêtre de nos commandes qui était ouverte juste à côté.
Au fil des jours, j'avais appris à le connaitre et à l'apprécier. Après tout, Mira avait raison. Il était peut-être bougon, borné et têtu, il avait un bon fond et le cœur sur la main. A sa façon, il était devenu mon ami, malgré un début de relation difficile.
— Guilan ?
Il était tout entier à ses affaires, ne m'accordant qu'une oreille distraite.
— Hmmpf... ? grogna-t-il sans détourner la tête de ses écrans.
— Je m'en vais. J'en ai fini. Je rentre à Argoat. Je rentre chez moi.
Tout à coup, son attention toute entière me fut acquise. Il ferma toutes les fenêtres qu'il avait ouvertes depuis son menu, et tourna son imposante carrure dans ma direction. L'expression de son visage, cependant, était indéchiffrable.
Pendant un temps qui me parut infini, il se contenta de me fixer sans rien dire. Après quoi, il opina gravement, comme si je lui annonçais que je quittais l'armée.
— Tu as bien raison. il y a de quoi devenir fou à passer autant de temps ici. Je me demandais combien de temps tu tiendrais dans ces conditions : cette forge, ce monde, loin de tes amis, sans... sortir.
A la façon dont il venait de prononcer ce dernier mot, je compris qu'il se doutait que je profitais de la nuit pour sortir chasser un peu afin de gagner de l'expérience. De toute façon, il suffisait de voir ma tête ; difficile de cacher que je n'avais pas dormi depuis des jours. Encore plus difficile de le cacher à Guilan avec qui, depuis deux semaines, je passais au moins douze heures par jour.
Le colosse forgeron des Dragons du Ciel poussa un léger soupir :
— Bah ! Ce n'est pas comme si j'étais surpris. Allez, sauve-toi, gamin. Il nous reste encore une journée avant le grand jour. Repose-toi donc.
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Skyline Emrys
Science-Fiction"- Combien de temps crois-tu que nous ayons encore à vivre ? demandai-je. Je le voyais dans ses yeux, elle s'était déjà posé la question. - Je l'ignore, Lyall. Peut-être une semaine, un mois, un an... Je sais juste que nous touchons à la fin. La fin...
