Max a ouvert la porte. Un de ses bras en épousait la forme afin de la retenir si quelque chose tentait de l'enfoncer. Son autre main se trouvait sur la poignée et tirait, tout en étant prête à pousser. Quand Sylvain avait fermé, plus tôt, c'était pour faire disparaître le monstre qui pourrissait en mouvement sous nos yeux. Je m'attendais presque à le retrouver là où ma vue l'avait perdu. Tel le sujet d'un tableau. Immobile. Attendant qu'on le regarde pour exister. Mais non, il n'était plus là. Le personnage avait quitté la scène. Ne persistait que le décor. Une cuisine en effet, je le comprenais mieux à présent. Placé derrière mon ami, je scrutais les lieux par-dessus son épaule. J'avais le sentiment de fonctionner comme un détecteur de mouvement. Mais rien ne bougeait. Mon cœur battait fort, encore. J'aurais aimé dire que c'était agaçant, parce qu'il m'arrivait d'apprécier les euphémismes. En réalité, c'en était presque douloureux. Ça ne piquait pas ni ne brûlait. Je le ressentais plutôt comme un vide envahissant, vertigineux et glacial. Enfin, c'était surtout très difficile à décrire. J'avais juste hâte que tout ça soit fini.
Nous sommes entrés, car la situation ne nous en empêchait pas et donc, nous y obligeait. La pièce ne me paraissait pas énorme, même s'il s'agissait à l'évidence d'une grande cuisine. Celle-ci était d'une belle longueur et offrait également une largeur confortable pour y circuler. Elle se terminait plus loin par un encadrement suffisamment grand pour être équipée de deux battants. Tous deux étaient bloqués en position ouverte. On y trouvait tout ce à quoi l'on pouvait s'attendre pour préparer de la nourriture en grande quantité. Les nombreuses surfaces en inox reflétaient tantôt l'ambiance rouge sang qui régnait à peu près partout, tantôt la lumière froide de nos frontales. Cela provoquait d'ailleurs quelques flashs étincelants fort désagréables. Mais nous avions choisi de privilégier notre visibilité en gardant les lampes allumées. La stratégie avait été approuvée par Johan, qui nous avait rappelé que nous pourrions les occulter si nécessaire. Mais il ne savait pas vraiment si les zombies étaient sensibles à la lumière. Nous avancions lentement tous les trois, veillant à ce que nos pas ne produisent pas le moindre bruit. Cette démarche furtive comprenait le fait de contourner ou d'enjamber plusieurs ustensiles de cuisine éparpillés sur le sol. Heureusement, même s'il y en avait suffisamment pour rappeler le chaos de la situation, il s'en trouvait assez peu pour pouvoir les éviter facilement. Sylvain avançait en tête, je me trouvais derrière lui et Max fermait la marche. Nous venions de dépasser plusieurs réfrigérateurs et autres meubles de stockage alimentaire. Au milieu de cette pièce, sur son côté gauche, une grande fenêtre passe-plat communiquait avec le réfectoire. Cette trouée conséquente se découpait dans la partie haute du mur, sa moitié basse constituant un obstacle avantageux. Notre informateur et guide nous en avait prévenus. Et donc, bien qu'une curiosité naturelle me poussait à y regarder, j'obéissais aux consignes en me baissant et en m'abstenant d'éclairer dans cette direction. L'objectif était ici de laisser en paix ce qui pouvait se trouver de l'autre côté. Du moins pour l'instant, et si possible pour toujours. Limiter les risques de contacts directs semblait non seulement cohérent, mais aussi très enviable.
Petit à petit, nous nous rapprochions de la sortie. Une fois dépassées les gazinières professionnelles, le temps était venu de se positionner au niveau de la porte, sans pour autant la dépasser précipitamment. Notre déploiement tactique respecta à la lettre la stratégie que nous avions fixée. Max restait quelques pas en arrière afin de garder un peu de recul. Sylvain prenait quant à lui le côté droit pendant que je m'occupais du gauche. Ainsi nous bénéficiions chacun d'un angle de vue opposé. Pour ma part, je regardai dans la direction de l'ascenseur, sans pour autant le voir. Il devait sans doute se trouver un peu plus loin. Je fus en tout cas largement satisfait de ne pas constater de présence hostile dans la découverte de ce nouveau champ de vision. Nous tenions nos barres d'acier bien droites en direction du ciel. Simultanément, mon ami et moi nous sommes penchés légèrement pour voir plus loin. Toujours rien. N'ayant pas à échanger le signal convenu en cas de menace, nous devions avancer. Un simple hochement de tête validait cette prochaine étape. Sylvain se lança sur la gauche et je bougeai tout de suite après dans l'autre sens. L'objectif consistait à se retrouver dos à dos pour avoir une vue dégagée de chaque côté. Max suivrait ensuite.
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ACCROCHE-TOI À MOI
Mystery / ThrillerDavid, dix-neuf ans, ne désire qu'une seule chose : être aimé d'elle. Mais les doutes l'assaillent, le courage lui manque. Léa, cette douce et jeune fille qu'il trouve si belle lui semble être monstrueusement terrifiante. Eh quoi ? Est-ce un crime q...