Au bout de quelque temps, trop peu de temps, j'ai senti qu'il allait falloir s'y remettre. Mais avant de se lancer dans les opérations qui nous attendaient, je tenais à fouiller le corps que j'avais, pour ainsi dire, désamorcé plus tôt. Les autres m'ont regardé faire. Je me suis baissé sur les genoux pour me mettre à son niveau. Maintenant qu'il était mort, je me rappelais l'homme dont Johan nous avait parlé : le fameux Leny. Je le voyais à présent comme l'être humain qu'il était et refusait de m'attarder sur son visage mutilé. De toute façon, il était face contre terre, et cela m'y aidait. Rapidement, j'ai vu l'étui vide à la ceinture. Celui dont je savais qu'il avait contenu le couteau maudit, responsable de notre présence ici. Ainsi, après avoir bloqué l'entrée du bunker avec, il était arrivé jusque dans cette pièce. Quelque part, je n'en revenais pas, l'homme avait eu accès à la sortie et il avait quand même voulu revenir pour sauver son ami. Quel courage incroyable ! Ou peut-être avait-il été blessé avant, et, sachant qu'il n'avait aucune chance, avait tenté le tout pour le tout. Sauver la vie d'un homme pour donner du sens à la sienne qui s'achevait. Je préférais la première hypothèse, parce que je voudrais moi-même pouvoir faire de même pour les autres, sans y laisser ma peau bien sûr. En tout cas, il devait être à deux doigts de réussir. Dans cette salle, il n'avait plus qu'à remettre le courant et Johan aurait pu le rejoindre à ce niveau, sortir et refermer la porte en béton. Et nous, nous n'aurions jamais eu à entrer là-dedans.
Putain, on m'avait déjà dit que le diable se cachait dans les détails !
J'ai palpé, assez soulevé le corps sans le retourner, et là, j'ai trouvé... un pistolet. Je l'ai sorti délicatement de l'holster accroché au gilet. Il s'agissait du même modèle que celui que nous avions trouvé plus tôt. En levant la tête vers mes camarades, j'ai pu lire dans leur regard une excitation comparable à la mienne. Est-ce que le père Noël était enfin passé ? Nous n'allions pas tarder à le savoir. Je fis attention à bien respecter les recommandations de notre maître artilleur, et suivis le processus pas à pas. Jusqu'à arriver à l'étape qui consistait à retirer le chargeur. La façon dont est organisé le mécanisme qui retient les munitions dans la crosse se prête bizarrement assez bien au suspens. Car en libérant doucement ce que l'on appelait également magasin (je ne l'avais appris que très récemment), on observait d'abord la partie où se trouvent les dernières balles. Cela m'offrit l'expérience d'une nouvelle tension, puisque dès que j'ai commencé à le sortir, j'ai su qu'il n'était pas plein. Quand j'ai dépassé la moitié du chemin, j'ai vraiment cru que le sort s'acharnait. Pour moi, la situation commençait à ressembler étonnamment à un jeu à gratter, mais là je n'espérais pas gagner vingt-mille balles ! Juste quelques-unes, pitié... Puis j'en ai vu une apparaître. Ce n'était pas la couleur légèrement dorée révélée par ma frontale qui m'avait donné l'impression de trouver de l'or. C'était la vue de l'ogive. D'abord une, puis deux, et enfin trois munitions chargées, prêtes à être tirées. J'ai à nouveau regardé mes camarades alors que mes yeux brillaient.
— Trois balles, c'est déjà ça ! soufflai-je avec modestie.
Ils avaient l'air d'être satisfaits également. Si chacune d'entre elles atteignait une tête... Oui, ce serait déjà ça. Mais pour nous, dans cet endroit, les munitions étaient devenues plus précieuses que l'argent. Alors, alléché par cette première trouvaille, j'ai retourné le corps, d'abord au sens propre, puis au sens figuré. Cela a eu le désavantage de me contraindre à mieux être exposé au visage du mort. Le pauvre n'inspirait pas vraiment la santé. Déjà parce que le sang libéré par ma lame lui avait bien recouvert le visage. Mais même s'il avait été plutôt épargné par rapport aux autres, décédés plusieurs jours avant, je ne pouvais pas m'empêcher de remarquer que le virus avait sensiblement changé son humanité, voir l'en avait privé, lui conférant ainsi un aspect particulier. Enfin, à cet instant, j'avais autre chose à faire que de m'apitoyer sur son sort. J'ai fouillé chaque poche du gilet tactique, il y en avait beaucoup. Puis j'ai fouillé les poches du pantalon, il n'y en avait que deux. Pas une seule balle de plus. En même temps, il semblait logique que celles en sa possession soient dans le chargeur. J'étais un peu déçu. Cependant, j'ai pu mettre la main sur un objet qui se trouvait en évidence, accroché à sa ceinture. Un ensemble de cartes en plastique attachées ensemble comme sur un porte-clefs. Sans doute des cartes magnétiques. Ça aussi, ça pouvait toujours servir !
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ACCROCHE-TOI À MOI
Mystery / ThrillerDavid, dix-neuf ans, ne désire qu'une seule chose : être aimé d'elle. Mais les doutes l'assaillent, le courage lui manque. Léa, cette douce et jeune fille qu'il trouve si belle lui semble être monstrueusement terrifiante. Eh quoi ? Est-ce un crime q...