Je suis remontée dans ma chambre, les yeux rouge et humide. C'est tellement frustrant... Aussi mauvais que ça, au point de ne rien me laisser et de jeter le reste par peur que j'en prenne... Je les déteste. On ne m'aime pas. On aime juste la progéniture qui doit continuer leurs carrières terminées. On aime la patineuse artistique, et non Emy. Et d'ailleurs, Emy, elle, elle n'aime pas la patineuse artistique. La patineuse et Emy ne se sont jamais aimées. Elles se sont toujours détestées, toujours criées dessus. Elles se sont tirées les cheveux, se sont baffées. Elles se sont crachées à la figure. Elle se sont battues, elles s'en sont voulues. Elles s'insultaient, se critiquaient. Emy et la patineuse artistique ne se sont jamais aimées, c'est un fait.
Il est 21h20.
J'étais dans ma chambre. J'avais abandonné mon uniforme de lycéenne pour laisser place à un jeans et au gros sweat d'Oikawa qu'il avait laissé chez moi. Bah, oui, c'est un truc de couple de laisser des affaires personnelles chez l'autre...
Mon sac à dos sur les épaules, téléphone à l'intérieur et portefeuille : j'étais prête. Ni une, ni deux, j'ouvris la fenêtre de ma chambre avant de me faufiler à travers celle-ci. J'avais pris soin de refermer au mieux les vitres avant de me laisser tomber par terre, à l'extérieur de la demeure familiale. Deux mètres de hauteur, je suppose, mais à force de faire ce genre d'escalade ; on s'habitue à la chute.
Motivée dans ma marche, je m'étais rendue jusqu'au centre-ville en un rien de temps. Il me restait un peu de monnaie, une chance pour moi : si j'avais acheté ce sandwich au thon avec ma carte, mon père l'aurait su... Et quelle affreuse nouvelle ça aurait été que de savoir que leur fille fasse le mur et qu'elle se paie un sandwich au thon... Un sandwich au thon... Sacrilège. Mais... J'm'en fou. C'est bon. C'est bien mieux que la laitue sans saveurs ni arômes...
J'avais englouti mon sandwich à l'extérieur, dans les ruelles de la ville. J'étais adossée au mur en brique d'une petite librairie du coin, regardant attentivement les passants qui passaient devant moi.
A force, j'en reconnaissais quelques-uns. Par exemple, l'homme d'une trentaine d'années que j'ai renommée Gaston depuis quelques semaines est avec une nouvelle conquête. Il apprécie les femmes mariées, j'ai remarqué ça. Il fait le même cinéma à toutes ces femmes : un sourire charmeur aux dents blanches, le beau bouquet de fleurs du même fleuriste. Un baiser sur la joue aussi, accompagné d'un mot doux et discret, chuchoté au coin de l'oreille, suivit du rire de la femme. A chaque putain de fois.
Sinon, il y a ce couple de personne âgées que j'ai surnommée Ariette et Marcus. Ariette est plus petite que moi, Marcus fait ma taille. J'apprécie les voir, ils se sourient et se tiennent la main. L'homme a toujours cette petite boîte de sushis du vendredi dans sa main libre. C'est leur habitude le vendredi, les sushis.
La jolie jeune femme d'affaire en tenue de travail qui sort de son hôtel. Elle va appeler un taxi pour rejoindre la gare. Le dernier train de Tokyo part pour bientôt ; mais elle aura assez de temps. Mona pourra rentrer chez elle et profiter de son weekend. Je trouve que Mona lui va bien. C'est classe, charismatique, beau, grand... Bien mieux qu'Emy.
Il y a plusieurs types de passants, mais une certaine catégorie est plus fréquente le soir, surtout à ces heures tardives : ceux de mon âge. Ceux entre 16 et 25 ans. Les jeunes, donc. Je ne leur donne pas de prénom. Je leur donne plutôt des numéros. Ils sont trop nombreux. Je m'imagine toujours un petit scénario ; surtout lorsque je me pose devant la boîte de nuit de la ville. Par exemple, l'autre soir, numéro 3 et numéro 5 s'embrassaient fougueusement... Jusqu'à ce que numéro 4 pète un scandale devant eux. Un genre de triangle amoureux je crois... Ou une histoire d'ex petit-ami. M'enfin, peu importe... Dans ce monde de nombres, je serais sûrement le numéro 13. La malchance, la poisse, le mauvais œil... Je serais le numéro 13, oui.
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MENSONGES (HAIKYUU)
Hayran KurguLa famille Kinney et la famille Oikawa se fréquentent depuis plusieurs années maintenant, et ce pour une raison principale : les deux enfants uniques des deux familles. Oikawa Tooru, un jeune prodige pour le volleyball. Kinney Emy, l'espoir féminin...
