14 | Einaudi et la disco

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Ophélie, juillet

20 juillet

VOUS - On jouera l'une de nos anciennes pièces de théâtre à un festival, d'ici deux semaines. Ce ne sera pas pareil sans toi.

ÈVE - Je viendrai. Je vous l'ai promis. 

VOUS - Tu seras là à temps ? 

ÈVE - Je te le promets. 

27 juillet 

VOUS - C'est dans huit jours, Ève. 

Vu. 


Milo, juillet

Ophélie, Léandre et Cara dormaient encore, épuisés par les mésaventures de la veille, quand Milo se leva. Il s'était réveillé aux aurores malgré sa fatigue, et puisqu'il avait toujours détesté rester dans son lit à se tourmenter les méninges, il avait décidé de se préparer du café et de prendre une douche. Quand il eut rempli la salle de bain de buée, quand sa tasse de café fut vide, comme ses amis dormaient encore, Milo s'empara du balai et commença à nettoyer le rez-de-chaussée. Cela faisait maintenant une semaine qu'ils étaient là tous ensemble, et cet instant de ménage ne fut pas superflu. 

Il pensait à Ève et à son absence quand il sentit quelque chose heurter son balai, sous le buffet. Il s'accroupit et se pencha pour regarder. Là, dans l'ombre, une feuille froissée portait son écriture, lui rappelant perfidement que ses vieux textes, pamphlets et discours se trouvaient à l'intérieur du meuble, dissimulés sous les assiettes et les décorations de Pâques. Il saisit la feuille rebelle et s'apprêtait à la ranger avec les autres, quand son regard tomba sur quelques mots, au milieu de la page.

Si je vous énumère ces lieux, ces civilisations et ces rites, c'est parce que je pense que tout cela mérite d'être sauvé, et surtout, que nous avons encore une chance. Saisissons-la.

Il avait arrêté d'y croire, depuis. Pourtant, il voulait retrouver cette combativité, cette conviction, et c'est peut-être pour cette raison qu'il posa son balai et s'adossa au mur, en tailleur, pour lire l'ensemble du discours. Puis il sortit ses autres textes et les parcourut tous, abandonnant son tas de poussières en plein milieu, comme si ça importait peu face à ce qu'il lisait - et c'était le cas. Il entendit Ophélie commencer à jouer du piano, des airs doux qui ne risquaient pas d'infliger de réveil brutal à Léandre et Cara, et l'écouta d'une oreille distraite. Quand il décida qu'il en avait assez, il laissa ses discours de côté et ferma les yeux, se concentrant sur la musique. Bohemian Rhapsody donnait à la vieille maison des airs de liberté. Tout comme la musique telle qu'Ophélie la jouait, ces relents d'espoir étaient empreints de tristesse. Et, tout comme elle, ils avaient envie de se battre et de hurler leur espoir au monde entier. S'il était une chose que Milo avait souhaité pour cet été, c'était bien celle-là.

Puis la musique s'arrêta, et Ophélie commença à descendre les escaliers. Milo s'empressa de ranger ses feuilles en un tas qu'il glissa dans le buffet. Il en fermait tout juste les portes quand Ophélie apparut, vêtue d'un short et d'un vieux tee-shirt, les cheveux en un chignon désordonné. Elle était magnifique sur scène, dans ses robes de soirée et ses talons aiguilles, mais il la trouvait encore plus belle comme ça, quand elle ne s'en souciait pas. Elle avait l'air libre, et Milo savait à quel point ça importait plus que tout le reste - pour elle, pour lui, et pour tous ceux qu'ils avaient un jour aimés.

Sans un mot, elle vint s'asseoir à ses côtés sur le parquet, appuya le dos contre le mur et ferma les yeux. Ils restèrent là un moment, avant qu'elle ne brise le silence en demandant : 

C'est avec Ève que tout a commencéOù les histoires vivent. Découvrez maintenant