Pour l'un, penser n'est pas permis, c'était la première chose qu'il avait apprise lorsqu'il avait été en âge de comprendre. La moindre réflexion cohérente le m'était à mal, lui faisant comprendre qu'il n'en avait pas le droit. S'adonner à de telles pratiques lui donnait l'impression d'être épié à chaque instant, par une force invisible qui se tenait, là, derrière lui, prêt à frapper aux moindres petits dérapages.
Pour l'autre, penser n'était rien d'autre qu'une liberté à laquelle il s'exerçait chaque jour. C'était beau, pur. Cela pouvait venir d'un rien. D'un regard échangé avec un inconnu dans la rue, d'une petite fleur croisée dans son baquet ou même d'une tâche de café sur sa chemise. Penser était pour lui naturelle, il ne se voyait pas vivre sans cela. Penser le définissait, tout simplement.
Pour l'un, regarder un film était passible d'un emprisonnement à vie. S'extasier sur une comédie Hollywoodienne, était condamnée par la loi. Les seules images qu'il était autorisé à regarder se trouvait-être les éloges soigneusement préparées à l'encontre du chef de l'État. Se promener avec une cassette VHS dans les rues de la ville pouvait-être considérée comme de la propagande. Le mois dernier encore, une mère et sa fille avaient été abattu en pleine rue pour cette déviance.
Pour l'autre, le cinéma rythmait sa vie. Il s'y trouvait tous les mercredis après-midi. Il possédait un pass annuel pour l'établissement et la simple idée de louper l'une de ses soirées lui tirait au cœur. Dans son appartement, tout une bibliothèque dédiée uniquement aux cassettes et autres DVDs en tout genre. Romantique, comédie, films de genres, documentaires. Tout y passait, et il en était fier.
Pour l'un, internet était inconnu. Matériellement, il avait conscience de ce qu'était un ordinateur, il en avait vu un, une fois à la télé lorsque les cameramans avaient filmé la maison du président. Mais il n'avait aucune idée de ce à quoi cela pouvait bien servir. Au même titre qu'un téléphone portable. Jamais il n'avait eu l'occasion d'en tenir un entre ses mains. Découvrir le monde à travers un écran était selon lui tout bonnement inconcevable. Le monde, c'était son pays, rien d'autre.
Pour l'autre, vivre sans son petit écran portable lui semblait irréaliste. Internet rythmait son quotidien. Y chercher une musique à télécharger, une information à laquelle il ne pouvait pas répondre, acheter un livre via cette petite boutique en ligne parce qu'il ne voulait pas sortir de son lit pour se rendre à la librairie. C'était peut-être un poison sociétale, mais pour lui, Internet constituait une des plus belles créations de l'homme.
Pour l'un, aimer une personne du même sexe ne lui avait jamais traversé l'esprit. Comme si cela n'existait pas, comme si ce n'était qu'une idée vague un jour abordée par un fou furieux. Pourtant, cette maladie semblait contaminée quelques malheureux, puis-qu'hier encore, homme avait été fusillé en place public pour avoir touché à ce genre de penchant. Il pouvait encore sentir le sang tiède éclabousser son visage alors qu'il se trouvait au premier rang.
Pour l'autre, être gay ne lui posait aucun problème. Sa famille l'acceptait, ses amis également. Il y avait bien quelques remarques dans la rue, de temps à autre. Mais cela semblait lui passer bien au dessus. Il était heureux, fier de ce qu'il était et il défendait quiconque de remettre en question sa façon de vivre, de penser. Aime un homme n'était pas une tare, peut importe ce que pouvait penser certaines personnes fermées d'esprit.
Pourtant, et malgré ces différences, cela n'empêchait ni l'un, ni l'autre, de se rendre chaque jour alors que l'aube pointait, à la frontière, ce grillage qui semblait sans fin, pour s'observer longuement avec une certaine fascination.
L'un n'osait se questionner, l'autre semblait déjà l'aimer.
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𝙳𝚛𝚊𝚋𝚋𝚕𝚎𝚜
FanfictionIl était coutume d'entre que notre existence n'était que poussière face à l'univers. Et bien Jungkook représentait l'univers, Taehyung la poussière.
