Noa pensait vivre sa vie de manière la plus classique jusqu'à ce fameux soir où elle s'endort et se réveille entourée de personnes en blouses blanches, dans un cerceuil. Prise de panique, les mots ne parvenant pas à franchir ses lèvres, elle voit un...
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Le lundi suivant, quand j'entends mon Matricule dans le haut-parleur, je réalise que nous allons entamer la quatrième semaine d'entraînements, ce qui signifie que ça fait un mois que je suis ici et que j'ai perdu tous mes repères. Quand je m'habille, je ne peux m'empêcher de me demander combien de Nouveaux auront été bannis pendant la nuit. Je pense qu'ils se sont basés sur les résultats de notre course d'orientation de vendredi pour faire leur choix vu qu'il n'y a pas eu de chasse à l'homme, et aussi peut-être sur notre adaptation en milieu extérieur pour le tir.
*
En arrivant dans le Réfectoire, j'attends d'être assise à table pour essayer de voir si certains visages manquent mais Maxance me prend de court.
— Ils en ont banni quatre cette semaine.
Avant que j'ai le temps de poser ma question, il me fuit du regard et se met à fixer son bol de chocolat.
— Le petit n'est pas descendu avec nous ce matin.
— Qu- Quoi ?
Malgré moi je le cherche du regard mais ça ne sert à rien.
— C'était un enfant.
— Justement. Il était peut-être pas assez bon.
— Tu rigoles ? Il était bien meilleur que votre ancien pote. Et puis si ils l'ont banni sous prétexte que c'est un enfant, c'est un peu du foutage de gueule par rapport à tous leurs principes.
Il hausse les épaules et je n'insiste pas. Ce matin je prends le temps de bien manger parce que l'on commence par le tir et j'ai besoin d'être concentrée au mieux pour progresser. Je suis toujours en difficulté avec le fait que Joe ne soit plus là, et c'est un poids pour moi. La colère liée à cette situation me pénalise. Je comprends mieux pourquoi ils nous incitent à ne pas trop copiner. Il est vrai que depuis le début des entraînements, j'ai remarqué que seul notre groupe était plutôt soudé. Les autres se contentent de se parler si nécessaire et traînent par deux ou trois maximum. J'ai eu beau essayer d'observer des Unités, les liens entre les jeunes ont l'air si minimes que je serais incapable de dire lesquels font partie d'une Unité. Je me demande si les Dirigeants nous portent un regard différent du fait que l'on ait l'air proche. J'ai même eu peur de mettre Ash et L'Arbalète en danger vu qu'ils viennent nous voir pendant la moitié du temps de l'entraînement quand ils le peuvent. Mais j'ai vite chassé cette idée de mon esprit. Ils sont là depuis plus longtemps, ils savent quoi faire ; si ils agissent de manière inappropriée, le Bannissement leur tend les bras. Et sachant qu'il me les tend aussi, il vaut mieux pour moi que je m'améliore.
*
— Comment ça va ce matin ?
Ash arrive toujours en souriant alors que L'Arbalète a toujours l'air... Je ne saurais pas le définir. Il n'a pas l'air énervé ou agacé mais son visage ne parle pas. Il est fermé et c'est impossible de le comprendre. Je n'essaie pas non plus à vrai dire... Son regard est beaucoup plus pénétrant que le mien et j'ai l'impression que si j'essaie d'entrer dans sa tête ou de lui poser des questions sur lui il va m'envoyer une droite. L'avantage d'être ici c'est qu'ils ne font aucune différence entre les filles et les garçons. Tout le monde suit le même entraînement, pas de favoritisme ou de conditions particulières. L'égalité c'était quelque chose de compliqué dans le monde que j'ai connu. Ici, vu ce qu'ils ont vécu, ça ne peut qu'être positif.
— Sors de tes pensées. Aujourd'hui je veux que tu tires. Le plus possible, en essayant d'appliquer ce qu'on a vu la semaine dernière. Fais le vide, anticipe et tire.
Il recule d'un pas et fait signe à Ash de le rejoindre. Ils se mettent à discuter et je me place face à ma cible. Ulrich et Maxance ont déjà commencé l'entraînement sans se préoccuper de moi. Je lève mon arme et essaie d'écouter ce qui m'entoure. Éliminer les bruits parasites, aller à l'essentiel et me concentrer sur...
— Trop lent.
— Pardon ? (Je demande en me retournant vers L'Arbalète).
— Tu as été trop longue dans ta mise en place.
— Je ne peux pas réussir du premier coup.
— Force-toi.
— Mon tir sera mauvais.
On reste un court instant les regards verrouillés mais je coupe court à ce petit jeu parce que je me sens rougir et il maîtrise bien mieux le truc que moi. J'essaie de me reconcentrer sur la cible mais je ne prends pas le temps d'utiliser sa technique et je tire. Quand je vois le trou de la balle dans la cible, je souris.
— Raté.
Cette fois-ci je ne prends pas la peine de me tourner vers lui.
— Le tir est dedans.
— Tu n'as pas fait attention à ce qui t'entoure.
Comment il peut le savoir ?
— Ton dos était crispé.
Est-ce qu'il lit dans les pensées ? Après tout, tout est possible ici si ils arrivent à conserver des corps pendant plusieurs années, ils peuvent développer des super-pouvoirs.
— Tu réfléchis encore. Tu ne progresseras pas.
Je ne réponds rien et prends le parti de faire comme si il n'était pas derrière moi. Je lève mon arme, fais le vide et au moment où je m'apprête à tirer, une détonation se fait entendre à ma droite et je sursaute. Je ne me laisse pas abattre et recommence. Sauf que cette fois-ci, la détonation vient de ma gauche. Je me tourne vers Ulrich,
— Vous en faites exprès ?
— Oui.
Ce n'est pas lui qui me répond mais Ash.
— Je leur ai demandé de tirer au moment où tu as l'intention de le faire pour te surprendre.
Je soupire et préfère l'ignorer pour poursuivre. Je ne veux pas laisser tomber ou les envoyer se faire voir, ça serait un comportement puéril et capricieux. L'arme de nouveau en l'air et prête à me concentrer, mes camarades trouvent ça judicieux de tirer à ce moment-là. Je ne relève pas et comprends que ce qu'ils cherchent à me faire savoir avec cette technique, c'est que je ne dois pas m'en occuper. Comme l'a dit Ash, plus je me ferai surprendre, moins je serai surprise.